Haïtien contre Haïtien, quand les citoyens s’affrontent… Par Michele Mevs

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REGARD DE LA FENÊTRE

  • Haïtien contre Haïtien, quand les citoyens s’affrontent… Par Michele Mevs

Y aurait-il une politique gouvernementale de violence et de brutalité en Haïti ? En quoi consiste-t-elle ? Nous nous référons ici à cette particulière stratégie de violence institutionnalisée. Et donc à l’implication que fait le chef de l’État, par l’entremise de certains de ses alliés parlementaires, et autres complices… Dans une milice à sa main, constituée de gros bras : les chefs de gangs et leurs bandits des ghettos du pays. Ceci, afin que Jovenel Moïse, le président du pays, représentant du régime PHTK, en arrive à sécuriser sa survie au pouvoir alors qu’il est rejeté par la majorité de ses concitoyens.

Pour faire rempart à l’opposition, qui manifeste constamment, il s’agirait pour le gouvernement en place de se trouver une parade, de dresser un bouclier humain en protection de son pouvoir. Force capable de maintenir la population en joue lors des manifestations et pas seulement. Cette opération   consiste à monter une portion du peuple des cités contre la majorité ― des travailleurs, des grands et petits commerçants et la population en général ―, afin d’éliminer la grogne manifestée et la remplacer par la terreur.

Pour en arriver là, le gouvernement aura armé de gros calibres et d’autres armes les chefs de gangs et leurs bandits, somme toute en mode « chimères » de 1984. Il les aura protégés de toute capture et détention et de toute incarcération, de toute condamnation en justice pour infraction, etc. C´est dire que les gangs jouissent d’impunité et d´immunité abusive. Le président leur aura procuré des avantages en leur transférant de l’argent et pas seulement, leur accordant le droit de distribuer les aides alimentaires internationales dans leur zone, le contrôle des postes de santé également, etc. les rendant davantage populaires dans leurs fiefs.

Le gouvernement leur aura abandonné  le terrain de l’ordre et de la paix publique, de la justice sociale, laissant libres les gangs qui dressent des barricades dans les rues; leur laissant le champ libre pour  faire ce qu´ils font le mieux : fomenter la terreur et établir le chaos dans le pays à travers de brutales agressions :   kidnappings, enlèvements de journalistes attaques et tueries aux sorties des banques ; braquages de camions pour vol de marchandises et autres biens ; assassinats d’opposants au régime en place ; crimes contre la population révoltée de La Salines et autres lieux ; exécutions sommaires de citoyens par des motocyclistes anonymes; entretenir les troubles et la dissension à Cité Soleil et nous passons.

Récemment, le 19 avril 2019, eut lieu une attaque exécutée par le gang d’Arnel; ce dernier, chef de gang de Village de Dieu (actuellement en occupation de Marchand-Dessalines et de la Petite Rivière de l’Artibonite) ― contre le commissariat de la Petite Rivière de l’Artibonite où des véhicules de la Police ont été incendiés.

En référence au chef de gang Arnel Joseph, il faut savoir que ce dernier, le tout puissant chef de gang de Village de Dieu, aurait reçu du pouvoir PHTK armes et munitions, ainsi que de l’argent, en sus de jouir d’une protection effective non déclarée de la part du gouvernement, par l’entremise de proches collaborateurs de celui-ci, parlementaires ou autres. Arnel est ainsi pourvu afin de chercher à contenir et contrôler la population de sa propre cité de démunis, et se produire partout où le pouvoir en a besoin (manifestations des rues, etc.…)

Telle serait la stratégie de Jovenel Moïse qui vise à se parer d’un bouclier humain constitué de bandits armés qui agiraient contre la masse des insatisfaits et opposants, permettant à quelques hommes plus audacieux que d’autres d’opérer en chefs mafieux, liquidant les ennemis du pouvoir en place, et les confrontant parfois mortellement…

Le pouvoir aura-t-il signé sa perte ou aura-t-il plutôt installé l’anarchie en Haïti et le fascisme d´État ?

Voici encore Juno7 qui rapporte que le vendredi 19 avril « un affrontement armé a eu lieu à Martissant 7 alors que des bandits s’apprêtaient à exécuter un vol de nourriture dans un camion. Deux des cinq présumés bandits qui se trouvaient à bord d’une Toyota Prado immatriculée LO 02800, ont été tués ce vendredi matin à Martissant 7 lors d’affrontements armés avec des agents de la police nationale ». Nous interpellons cette confrontation armée alors qu´il s´agissait d´appréhender des bandits, opération au cours de laquelle deux bandits ont été tués également… Mais comment ?

Et, le nombre d’incendies criminels, qui se déclarent subitement, assurément ?  Nous ne saurions éviter de mentionner les incendies des marchés, des sièges de la presse (Radio Quisqueya), des supermarchés et maisons privées dans un ciblage planifié. Le pouvoir en place aura ressuscité les monstres de la violence tapis dans l’ombre et en aura fait son massacreur.

Mentionnons ici les torts que causent également toutes ces rumeurs malveillantes et fausses infos répandues par les laboratoires du PHTK et les réponses successives; pour entretenir la discorde au sein des Haïtiens entre eux ? Ces médisances, diffamations à dessein, surchargent leurs esprits d´amalgames en bêtises non prioritaires qui font des heureux dans les médias populaires à la recherche du buzz.  En particulier, le bonheur et par ricochet la fortune des marchands de micros radiophoniques youtubers au rôle perturbateur, mais paradoxalement divertissant.

Et, non moins important, l’irrésolution des crimes et assassinats sous investigation, mais toujours au stade de « l’enquête se poursuit ». L’impunité ne ferait que renforcer un certain défaitisme ou le désespoir qui pousse le Haïtien sur des embarcations périlleuses en direction de rives plus sûres. L’impunité est diabolique, car il pousse au crime.

Et si le président n’arrive pas à satisfaire ses promesses de campagne, martelées ad libitum; … ayant perdu la confiance de ses concitoyens, tout moyen lui serait bon pour contenir la hargne populaire et diminuer la pression qu’exercent les opposants.

Si la Police nationale aurait des velléités de faire autrement, il est certain que bien que dépositaire du maintien d’ordre au pays, elle n’aurait ni légalité, ni liberté de décision, ni indépendance économique, ni droit à un quelconque positionnement politique, alors qu´elle a pour mission de défaire ce nid de serpents qui sifflent sur nos têtes, de protéger et de servir les citoyens. La PNH se plie, bon gré mal gré, à l’ambition politique du PHTK de régner en Haïti sur les prochains 50 ans.

La PNH se soumettant à certains prescrits, de fait exige de ses hommes l’ultime sacrifice à une cause qui n’est pas la leur.  Reprenons les déclarations du directeur général de la Police nationale, Michel-Ange Gédéon : Il « … se dit déterminé à combattre les bandits armés qui sèment le deuil au sein de la population dans plusieurs régions du pays, notamment dans des quartiers populaires de la région métropolitaine de Port-au-Prince». (Source Vant bèf).

Nonobstant, il en ressort que la population questionne les capacités du chef de la PNH, qui serait entravé à dessein dans ses attributions par un système scellé par le parti au pouvoir, le PHTK. Il est à noter que M. Gédéon s’est montré jusqu´à ce jour très adroit dans ses déclarations et d´un calme exemplaire, compte tenu de l’adversité à laquelle il a eu à faire face de la part de la présidence; aussi, est-il compréhensible que Gédéon n’ait pas les coudées franches pour prendre toutes les mesures nécessaires dans l’exercice de sa fonction.

Pour sa part, le journaliste Robenson Geffrard tweete comme suit : « @robbygeff 24h il y a quelques jours de cela: “ Le Palais national, la Primature, les ministères de Justice et Intérieur, la secrétairerie à la Sécurité publique… dépensent des millions de gourdes dans le “renseignement “, ou du moins l’argent est débloqué au nom du renseignement pour des résultats clairement invisibles en #insécurité ».

Ce tweet porterait à croire que le Service de renseignements serait sous le contrôle de la présidence. Qu’en savons-nous, étant donné que le public et les médias n’ont pas accès en toute transparence à la justification des dépenses des deniers du pays ?

Haïti n’a pas de Forces armées suffisamment puissante et préparée et quoiqu´elle dispose d’une force de police, il a été constaté que le chef de ce corps, Michel-Ange Gédéon, dépend, d’ une part du Premier Ministre pour les objectifs sur lesquels s’investir et d’autre part, des États-Unis pour le ravitaillement et le financement et éventuellement la politique sécuritaire à suivre.

Aussi, certains des membres du corps de police auraient-ils décidé de se faire complices des gangs du pouvoir en place, soit par la corruption pécuniaire ou en désespoir de cause.

Nulle possibilité du gouvernement de Jovenel Moise (PHTK) de remédier à l’état des choses qu´elle ne fait en réalité qu´amplifier. La faillite économique, la dégringolade institutionnelle, la mauvaise gouvernance due à l’incompétence, en sus de la corruption endémique, devrait, en toute logique, aurait dû déjà évacuer le président, le gouvernement et le régime PHTK. Néanmoins, empruntant le chemin adverse à celui du bien du peuple haïtien, ce gouvernement s’est mis en tête de défier tout un pays, et continue de le faire.

En face des politiques et de leurs complices, il y a une vaillante population en résistance. Le pouvoir en place aura dressé la lie désespérée qui collabore parce qu’il  se cherche un débouché à la misère noire qui l’assaille. Il y a également cette jeunesse dans les ghettos, notamment Village de Dieu, Canaan, Martissant, etc.…, qui n’a rien à se mettre sous la dent et peut difficilement envisager que l´anarchie soit un fossé mortel d´où on ne revient pas.

Pour étayer cette assertion : «Plus de 50 % de la population haïtienne vivant en zone rurale souffre d’insécurité alimentaire déclare Jean Ulysse Hilaire directeur technique» de la CNSA Coordination nationale de la Sécurité alimentaire» … drame «accompagnant la croissance démographique en cours». (Source Rezo Nodwès).

L´affaire est d´autant plus violente qu’elle se fait dans l’opacité de la communication gouvernementale. Dans son hypocrisie la plus perverse, le Premier ministre ad intérim, Jean-Michel Lapin, chef du CSPN (Conseil supérieur de la Police nationale) « a informé au parlement que cette structure a organisé une énième réunion sur la situation, mais n’a pas pu renseigner sur les mesures qu´il allait prendre pour combattre la prolifération des gangs et contrer leurs actions ». ⦗Source Rezo Nodwès article Gangs et insécurité : « L’État fait face à une guérilla, se lamente Lapin» du 16 avril 2019.⦘

Il est à noter que le terme «guérilla » choisi par ce P .M. récemment nommé (pour sa docilité au président), terme inadéquat, mais qui conviendrait au Premier ministre qui semblerait indiquer un parti-pris en faveur de l’établissement d’une guerre interne du type « armée de libération » à la Nicaraguayenne ou encore à la Vénézuélienne, pays des «colectivos chavistas», ces groupes de milice chaviste, ont, aujourd´hui encore, raison de toute opposition.

Le diable est dans les détails et Jovenel Moïse ferait l’ange pour avoir du foin en se gardant de dire pareil que son homme du moment Lapin. Jovenel Moïse choisirait de montrer patte blanche en ne mentionnant dans son récent discours les termes : « bandits armés » en lieu et place de «guérilla».

Pour être plus claire, disons que le gouvernement haïtien de Jovenel Moïse mène lui-même une «guerre asymétrique» contre le peuple haïtien, avec pour cibles les faibles et les sans défense et tous ceux qui réclament son départ.

La population et les institutions civiles sont en plein désarroi, sinon dans la terreur. Or le but unique de ce pouvoir en place est de garantir une prolongation de son autorité largement contestée.

Lors des manifestations pacifiques on a constaté, d’une part, l’utilisation abusive des forces policières aux ordres du pouvoir (CSPN), et plus récemment la résurgence d’une politique de violence, comme on l’a déjà vécue en Haïti, durant le temps des « chimères » partisans du régime Lavalas, soit des gangs de civils armés et entretenus par le pouvoir en place pour imposer leurs objectifs.

Tandis que la population dé périt, les bandits dans les ghettos prospèrent et   foisonnent et leurs chefs les plus audacieux s’autoproclament « commandants » parce que, capables de crimes et d’accaparement  depuis les braquages et les assassinats, ils se sentent tout puissants et invincibles, mais surtout en représentation exclusive de leurs ghettos ou territoires.

Il est vrai qu´ils se sont mis debout tout au début en quête de pain et de postes de travail, de justice sociale.  N’ayant pas été entendus, ils se sentirent alors dotés de l´obligation de se substituer à l’État défaillant. Ils se voulaient alors être pourvoyeurs de nourriture et d’argent à leur peuple d’en bas abandonnés par l’État sur un territoire donné.

Quant à l’échéance de la situation, il viendra un temps où les bandits se rendront compte que leurs armes, qui chantent jour et nuits leur permettent de s’imposer et de se servir eux-mêmes sans attendre la main tendue et l’assistance complice des autorités…

Les chefs de gangs défendent du bec et des ongles leur territoire, d’où les violentes batailles entre gangs et les éliminations de tout adversaire aspirant à leur chefferie.

Voilà qu’aujourd’hui, les chefs de gangs armées prétendent étendre leur domaine d’influence: c´est qu´ils auront pris goût au pouvoir informel, mais devenu quasiment légitime par le soutien de la présidence et consorts, le gouvernement, qui ne peut en toute logique les contrôler au-delà d’une certaine période.

La popularité, la célébrité que leur confère la presse radiophonique, les passant continuellement à l’antenne, leur servirait de tremplin. « Dans l’obscurité des temps où nous sommes », les Haïtiens devront non seulement continuer à réclamer que la justice soit rendue quant à la corruption sur les fonds PetroCaribe, mais en toute priorité se protéger de la violence étatique. M.M.


Cet article est publié par l’hebdomadaire Haiti-Observateur édition du 24 avril 2019 et se trouve en P.9, 14 à : http://haiti-observateur.ca/wp-content/uploads/2019/04/H-O-24-avril-2019.pdf