Jovenel Moïse dans le dernier carré… par L.J.

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TRACTATIONS AUTOUR D’UN NOUVEAU LEADERSHIP ?

  • Jovenel Moïse dans le dernier carré… par L.J.

C’est déjà une ambiance de fin de règne, à Port-au-Prince. Si, dans sa lettre ouverte au président Jovenel Moïse, l’homme d’affaires Réginald Boulos lui donne un délai de neuf jours pour donner sa démission, il semble que la rue s’apprête à le bousculer pour qu’il rende son tablier immédiatement. D’ailleurs, c’est le mot d’ordre lancé par plusieurs personnalités et organisations impatientes de créer la vacance au Palais national. Mais, certains proches du pouvoir semblent opter pour une solution différente, histoire d’éviter de «tout perdre».

Dans les milieux proches du Palais national, on laisse croire que, craignant de ne pas se retrouver dépouillé de son immunité présidentielle, et exposé à un mauvais sort, M. Moïse serait en train de rester encore quelques jours au pouvoir, le temps de trouver une formule lui permettant de remettre les rênes du pouvoir à une personne de «confiance». Le scénario envisagé, dit-on, consisterait à organiser une «séance de ratification champwèl» avec des parlementaires proches de la présidence bancale, dans un lieu secret. C’est, du moins, ce qui aurait été discuté lors d’une réunion à un hôtel de Port-au-Prince avec des sénateurs et députés de la majorité présidentielle au Parlement, réunion à laquelle aurait, fait-on savoir, participé le président du Sénat Carl Murat Cantave. Cette formule, ferait-on comprendre encore, assurerait la ratification de Jean Michel Lapin comme premier ministre pour être immédiatement investi de l’autorité d’agir en tant que chef exécutif.

En même temps, une autre alternative serait en gestation. Il s’agirait d’une solution qui pas serait par le choix d’un juge de la Cour de cassation pour diriger un gouvernement intérimaire. Cette dernière formule semble séduire la communauté internationale. Car celle-ci n’entend pas s’embarquer dans une solution qui serait de nature à engendrer une «explosion» difficilement contrôlable. Surtout que l’humeur au sein des forces de sécurité est loin d’être en mode de collaboration avec le Palais national soucieux de voir l’«évacuation» du président et sa famille se faire «sans heurts».

Jovenel Moïse a de bonnes raisons de craindre la présente atmosphère. Surtout qu’il se sent «lâché» par la communauté internationale. En tout cas, les échos de certaines conversations tenues dans le secteur diplomatique ne laissent plus de doute que les propos exprimés ne lui sont pas favorables.

En effet, on apprend, dans les coulisses, que Jovenel Moïse serait un «colis encombrant» pour la communauté internationale, qui lui tient rigueur par rapport aux crimes commis sous son gouvernement, notamment le «massacre d’État» perpétré à La Saline, d’une part. Et, d’autre part, le méga scandale de PétroCaribe dont l’ampleur vient d’être révélée dans le second rapport de la Cour supérieure des comptes et du Contentieux administratif (CSC/CA). Mais surtout le rôle que Jovenel Moïse et ses compagnies y ont joué.

En effet, des représentants de la communauté internationale basée à Port-au-Prince disent ne pas savoir comment procéder dans les négociations visant à «faciliter l’évacuation» de Moïse avec les parents de toutes les personnes tuées à La Saline demandant justice demandant justice. Autrement dit, la communauté internationale se dit forcé de faire montre d’une extrême prudence dans le traitement ce dossier, redoutant de se faire dire qu’elle cherche à «trouver refuge à un assassin». Voilà, selon ce qu’a souligné un diplomate, qui souhaite rester anonyme, ce qui rend difficiles les négociations pour trouver une «issue favorable» à cette situation jugée extrêmement compliquée. Tout compte fait, les jours de Jovenel Moïse au Palais national sont comptés. Certains diraient même qu’il est «dans le dernier carré». L. J.


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, édition du 5 juin No.23 P.1  et se trouve à : http://haiti-observateur.ca/wp-content/uploads/2019/06/H-O-5-juin-2019.pdf