Les Souliers du Président

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SUR LA ROUTE DU CINÉMA Par Dan Albertini

  • Les Souliers du Président
  • Un scénario qui met en vedette Don Kato, le président et la ville de Jérémie. Kanaval est Carnaval

Antonio Cherami est Don Kato. Il est un juge de la société des sans titres, mais il n’est pas des sans-papiers. Il prononce un verdict. Sa parole est de l’encre indélébile dont l’empreinte littéraire reste orale, elle fait dans la meringue populaire. Ce n’est pas un chapeau qu’il propose au président, mais des souliers coincés qui laissent des empreintes étrangères. Partout. Déformées, roses. Le film. 

Le scénario est réel, il rentre dans le contexte d’une nouvelle notion. Un langage, le créole haïtien. Don Kato est musicien, il a introduit «atéri» en administration politique. Il accuse le président d’être «aloral». Qu’est-ce que cela peut vouloir dire ? Celui-ci réagit avec virulence. C’est le carnaval. Le domaine n’est plus de ses compétences. Despote, il veut dominer. Sur tout, surtout dans la crasse. Même ces marches d’escalier dans une zone réputée pour sa prostitution font les frais. Bois Jalousie a reçu des escaliers pour descendre. Non pour monter ni remonter. Oups, les standards. Le président a d’ailleurs volé et violé les droits du maire de la petite bourgade de la Place Saint-Pierre qui tentait de s’élever en prière auprès du saint du même nom. L’histoire est désormais sur toutes les lèvres du Boulevard Dessalines.

C’est de là, un kanaval à Jérémie. Étaler la meringue sur ces hommes en rose. Le président va-t-il le détourner, sinon l’interdire ? La scène ressemble à une fiction, mais, antérieure.

Si vous êtes un habitué de la série 24 Heures Chrono avec Jack Bauer, vous connaissez sûrement le président Charles Logan qui avait trahi son pays. Et qui, malgré les tentatives de la présidente Taylor pour l’absoudre, le scorpion a mordu une fois de trop. C’est dans sa nature. Son nom se trouvait dans des documents de source étrangère russe. LES SOULIERS DU PRÉSIDENT présentent un autre type de personnage, mais, toujours avare, manipule avec indécence. Et dont le nom se retrouve sur une liste particulière d’un pays tiers. Ancêtres et Origines. Une différence, il est encore président tandis que dans 24 Heures Chrono Charles ne l’est plus. La honte en main, il s’est d’ailleurs suicidé à la fin de la 8e saison. 

Jérémie est une ville côtière qui regarde l’Océan du bout de la terre quand l’envie s’empare du gentilé en mal d’évasion. La ville possède par contre un cœur qui bat. Une âme qui vit, certains prétendent d’en voir marcher la nuit. Il y a aussi une place publique près du port. Ce n’est pas celui de la gondolina à Venise, mais du bateau marchand qui part tard le soir et d’autres qui rentrent tôt le matin. Car, la nuit en mer est plus fraîche, le soleil plus haut le jour.

Elle souffre par contre d’une triste réputation, une médecine magique qui purge la victime à distance. Le maire de la ville reçoit un curieux message, il vient d’outremer. Les émotions lui gonflent les artères. Ça ne vient de la réputation, mais dit-on au pays : «la magie ne vaut la combine». L’organisation mondiale du carnaval a choisi sa princesse. Jérémie. Elle sera Reine. Le président avait volé ce droit du maire, est-ce donc un piège, une combine ?

Le maire découvre subitement les souliers du président. Sur son terroir. Ce n’est encore le bal masqué. Le vent de la panique souffle, celui de la meringue aussi. Le maire se tient debout, plus question de céder de ses pouvoirs. C’est la loi mère qui décide, la rue en renfort, le cœur aussi. Qui sait combien d’invisibles sont engagés dans la mêlée !

Le masque du président lui déclare une guerre sainte à Jérémie, mais le terreau est fertile au champignon magique. La chaleur estivale risque de faire pousser avant terme cette semence de la meringue, une herbe hallucinante consommée en période de fragilité politique sur l’île.

D’où son nom : «l’île magique». C’est là où Don Kato rentre en scène, tel un coup de semonce, condamne le président, aloral. Sa sentence. Atéri, Jérémie doit atterrir avec l’exécutif local. Coup de théâtre, une autre ville répond en échos à Jérémie : «la Constitution doit atterrir». C’est la galère. Le président use ses talons en efforts solitaires.

Tous les exécutifs locaux jugulent, compétition, bas les masques. Alors qu’il a convoqué des élections tardives. Plus de faux fuyant, le président chausse des souliers étrangers, l’arrogance éclate au grand jour. C’est une nouvelle révolution. C’est l’effet Kato.

Nul n’est besoin d’être sorcier de la Voldrogue, grande rivière de Jérémie, pour comprendre la machine amorcée. Si le président réagit, il s’enferme dans son propre piège, s’il se tait, il est pris au piège.

Ses déclamations proposant un rassemblement d’avec ceux d’outremer deviennent mensonges. Découverts. Il se veut le seul génie à bord.

Ou, impulsif, s’il se tait, il s’étouffera de ses propres nerfs. Puis, tous les exécutifs locaux émergeront comme une poudrière réchauffée par rapport aux pouvoirs récupérés tardivement. Telle une ruée vers l’or, c’est celle du pouvoir. Avec la meringue.

Le langage, la potion de la meringue a toujours pour effet d’emmener la bande vers ce

qu’Henry Verneuil décrit dans Fernandel-Carnaval (1953), une férule populaire. Personne au monde n’a jamais su l’arrêter. Pire, se taire par défaut n’est une vertu chez le président, ce serait la preuve sur le collet, les souliers du président ont une couleur étrangère interdite par la même voix des pouvoirs d’exécutif local du maire de Jérémie. Don Kato a définitivement provoqué une révolution en meringue accélérée à Jérémie.

Merci d’y croire !


Cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, édition du 25 juin 2014 VOL. XXXXIV – No. 26, New York et se trouve en P. 8 à :