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HAOLLYWOOD Éclaire sur Fréda Dantor

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SUR LA ROUTE DU CINÉMA Par Dan Albertini

  • HAOLLYWOOD ÉCLAIRE SUR FREDA DANTOR
  • Interprétation, sémantique et logique de langage dans la création d’un cinéma haïtien 

Je veux causer d’abord. Ceux Haïtiens qui produisent des films aujourd’hui. Lorsque votre descendance recevra votre filmographie en héritage à titre de patrimoine, acceptez-vous d’ores et déjà, qu’elle dise que la pensée de transmission que vous nourrissiez était réductrice tandis que vous goûtiez à l’opportunité de créer un vrai cinéma haïtien, tandis que vous vous réclamiez ascendant Standard-1804 ? J’ai cette question à l’esprit en écrivant et en révisant Haollywood. Je fixe une désormais maxime engagée. Inclusif et complémentaire. Qui me pousse d’ailleurs à puiser directement dans les nouvelles œuvres littéraires haïtiennes. Le cinéma a instruit la rencontre Gifrants, d’un scénario, instructive. Dauphin-Des Rosiers, érudite. Esprit aligné. Je dis que Nous devons en faire plus. Le constat étonnera le non initié dans l’analyse continue de Haollywood. Interprétation, sémantique, logique de ce que je présentais comme la 4ième fiction sur la politique haïtienne et le cinéma. Freda est Frida. 2 CONTES PRODUCTION puisé dans la littérature paysanne (tim tim, bwa chèch). D’où, l’analyse étymologique, sémantique. Constatez par là-même. 

L’œil sémantique de Haollywood sur le cinéma existe, utilise Hollywood comme rampe de lancement (C Dauphin). Ce qui suggère au prime abord, qu’il y aura polémique comme pour la musique Nemours/Sicot. D’autres écoles de cinéma haïtien. Curieusement l’histoire se renouvelle par le cinéma cette fois-ci. Je ne serais ainsi donc face à la critique, seul à m’inspirer. Il y a fort à parier que ceci rentre dans le même processus accéléré évoqué dans HNBS. Notre cinéma aimera bien La Dernière nuit de Cincinatus Leconte de M Soukar, attention, ce n’est pas Le Bruit de la Dernière Nuit analysé la semaine écoulée, où je disais que le titre aurait pu être Indou des Castes, Hong Kong, Hollywood, dans leur contexte. Alors, douze janvier 2010 a été un terrible choc intime à plus d’un égard. Un choc salvateur aussi. Oui, un drame personnel. C’est en outre un point d’arrêt, la démarche méthodologique Haïti la Nation a Besoin de Stars s’est interrompue, l’heure appartenait au deuil. Il fallait donc prévoir 2030 pour prévenir 2015. Je l’ai appris à mes dépens, ça m’a servi. Voici Freda Dantor. Une dramaturgie thérapeutique après notre Hiroshima haïtien. Il faut en effet se relever plus fort, comme le Japon post WWII. Je fais encore dans la pratique du Roman Sociologique. Une nuance majeure, Freda Dantor explique la problématique de l’ignorance du traumatisme issu du Code noir au lendemain de 1804. L’art a fait défaut en ce sens à cette époque, mais doit nous servir aujourd’hui. Non à titre de consommateur hébété, mais de participant, actif, productif, expert engagé. Métaspora de Joël Des Rosiers en dit si long.

J’écris. «La douleur de la création de ce qui n’existe est presque maîtrisée. Ça me fait penser aux amis chrétiens qui doivent assurément s’interroger sur mes ambitions spirituelles. Dieu a créé». Je ne me permets d’écarter la sémantique à ce stade évoqué, je plonge dans l’étymologie Haollywood qui parle de l’art qu’est le cinéma, puise dans les arts, pour créer. Je rentre dans les règles de l’art pour une affaire post traumatique. J’ai rediscuté avec Pierre Mignault évoquant son confrère de naissance haïtienne, la plume érudite francophile, Joël Des Rosiers en l’occurrence. Pierre redécouvre la pensée haïtienne disais-je dernièrement, en étudiant à fond, la pensée Des Rosiers. Puisant dans Métaspora essai sur les patries intimes, Triptyque-2013, un puissant ouvrage qui explore si loin la pensée de l’auteur et, mérite d’être porté à l’écran. Je vois donc Des Rosiers tenter de résoudre Freda Dantor au moment où il livre son profond besoin d’exister, d’être tout court. FD. S’il faut s’en sortir, mais comment ? «Elle désirait ardemment d’être prise dans les bras d’un solide male comme ceux des cérémonies». Le scénariste n’est adepte, il est exonéré de la peur culturelle. Il confirme là, avoir déjà vécu autre chose. Emprunt. «Rompt carrément avec le misérabilisme chez les danseurs. L’image est celle des étalons noirs que l’on retrouve généralement dans les shows à Vegas. La poussière n’est plus son artifice, mais les muscles nus». Migration, régionalisme, mots déformés, n’ont plus la même logique.

C’est le drame haïtien qui propose un sujet tellement cérébral que la complexité défie l’ignorance de l’expert étranger. Pierre croit que ce peuple dont la grande vertu est le paradoxe, a besoin d’une caméra qui le suit pour découvrir la dimension de l’aréna cette citadelle invisible. Créer ce cinéma, d’où Freda Dantor. Soutenons alors la thèse psychométrique du film, jouons au doc avec ce bagage émotionnel considérable, soyons Bollywood. Alors, en quoi Freda Dantor répond-il à une conjoncture Haollywood, où est notre héros ? Voici créer et découvrir entre interprétation et sémantique. Parlons Freda. Claude Dauphin définit ceci dans son ouvrage Histoire du style musical d’Haïti – Edition Mémoire d’encrier-2014, P.72 : «d’autres tournures, oscillant entre la médiante, les degrés cinq et six et l’octave d’une même échelle tonale, donnent le signal de l’apparition de la déesse, induisent la mention de son triple nom et provoquent l’attente de sa manifestation». Question : est-ce au contraire, l’élément déclencheur d’un niveau très élevé au point de confondre le standard avec un esprit de possession tandis que c’est en nous, cette citadelle invisible, un cran plus haut ? Logique et interprétation.

Je suis donc agréablement surpris au constat. Des nationaux tels que Michel Soukar prennent de plus en plus congé de la formule historique dure de la pensée pour reforger l’histoire par la voie du roman. Rien du dépeçage mais une autre forme de pédagogie plus adaptée pour une esthétique appropriée du produit. Tel que je le proposais, se libérer du bras guerrier vindicatif. 

FD «L’histoire est un mélange d’horreurs issus non de notre imaginaire mais d’une réalité sociale post traumatique. Freda Dantor est une fiction qui rentre dans le cadre de la gestion de la catastrophe du 12 janvier 2010. Elle s’y retrouve dix-huit ans plus tard et crie : «misyé vin n konyin m – prends-moi mon chéri». Le pivot. Pasteur Blazé est interpellé en présence de son stagiaire. «Ça c’est l’esprit de Freda qui habite cette femme. Tu vois, elle nous a repéré dans le but de nous éprouver». Se dirige vers Freda, applique sa formule. Imposition des mains. Malheureusement, la Bible de Jérusalem qui accompagnait la main fétiche a frappé trop fort, Freda est assommée. Pasteur Blazé encore à son second : «vois, la puissance de Dieu a chassé l’esprit qui la possédait, elle a perdu connaissance». Il s’incline vers elle, prononce une prière. La bénit au non de Jésus. Freda se reprend dans les nuages, l’image de Blazé est floue, elle sourit. Pasteur Blazé : «Jésus rinmin wou». Il s’éloigne, soulagé et fier de son exploit.

Intemporalité. Violente, aime les femmes. «Dantor est dans l’univers imaginaire haïtien une forme de la vierge. Elle est noire, avec deux cicatrices du côté droit du visage héritées depuis la Pologne». Freda, autre version de la vierge, blanche, sympathique, amoureuse. Les observations du psychologue Kenneth Clark se retrouvent (le test de la poupée blanche et de la poupée noire-1950). La caméra plonge dans un passé lointain, retourne en Amérique ségrégationniste pour expliquer le présent. Les images sont figées, des portraits peints. Freda et Dantor ne sont jamais sur le plateau. Elles sont intemporelles en Haïti, prennent possession. Etymologie, sémantique. On les retrouve chez Claude Dauphin-2014. 

Temporalité. Le choc émotionnel est violent, FD est amputée de la jambe gauche à huit ans. Sauvée miraculeusement par un très jeune pasteur, Blazé. Les images sont apocalyptiques. Mais Depestre affirme une citadelle invisible, comment la trouver ? «Freda a vingt-six ans. Elle est installée sous une pergola en paille près d’un péristyle où des adeptes dansaient un rythme samba. Elle a été recueillie par un parent pratiquant du vaudou, mais, ne pouvait participer aux rites de danses enflammées souvent exécutées presque nues. Dix-huit ans de provocation, ce qui avait pour vertu d’éveiller en elle tous les sens aigus de la sexualité. Combien de fois le mont de vénus s’est dilaté, pour la laisser avec ses fantasmes». Amputée, douleur fantôme confondue en malédiction, invisible, folie légère. Elle a compris qu’aucun homme ne voudrait d’elle. Le revers de la médaille Depestre.

Mais la citadelle. «Ce jour-là, encore à jeun à la mi-journée, sa jambe amputée ne paraissait pas sous le drap sal qui la recouvrait mais laissait apparaître la cuisse droite au passage de pasteur Blazé». Zoom ! Pasteur Blazé est devenu un prédicateur qui vit aux dépens de l’aide missionnaire américaine depuis dix-huit ans. Ils sont persuadés de sa vocation de prédicateur zélé, de guérisseur au nom de Jésus. Dieu l’avait béni mais sur son terroir. Notion, le film dénonce. «Il ne saurait alors reconnaitre la petite Freda qui avait huit ans en 2010, quand il s’approcha d’elle». Il retourna par le même chemin qui l’avait confronté au milieu du jour à Freda, ignorant totalement qu’un autre miracle l’attendrait au même endroit. «Freda rêva de fait, qu’un homme l’avait prise dans ses bras. En état d’hypoglycémie, elle a vu le pasteur Blazé si près d’elle que la sensation de la faim s’est transformée en une jouissance sexuelle. Une explosion dans sa tête. L’action se passe là, et lui appartient». Freda soulagée à demi de son fantasme sexuel délurant, s’est levée ce jour-là pour se préparer dans l’espoir que son bienfaiteur repasserait par là. Elle s’installa par contre en face, sur l’autre bord du chemin à cause du soleil. C’est ainsi que son regard croisa de loin celui de pasteur Blazé. Une fois à sa portée, elle lui dit : «emmène-moi avec toi, je ne veux plus rester sous ce péristyle». L’index pointé en face. Un grand portrait de Dantor avec ses cicatrices le regardait du haut du mur. Blazé crut à une conversion miraculeuse.

Le film va finir sur un transfert étonnant. La scène rentre dans une autre dimension. Politique. Le récit est d’une autre version. Quand l’état haïtien commençait à recevoir les dons en faveurs des déshérités du séisme, c’était beaucoup trop tard pour la majorité. Cela a eu des effets catastrophiques sur la vie des estropiés et des orphelins. D’où Freda Dantor devenue sœur Frida. Freda était encore une fois victime dans son pays, mais de son propre pays. Les animateurs culturels ne la voyaient pas lors de leurs tournées de motivation financées par des organismes internationaux. C’est sur cette note que prend fin le film, l’image animée de Freda qui s’éloigne avec une prothèse financée par les missionnaires étrangers. Etymologie de Frida.

Les considérants externes«La psychanalyse verra la fabuleuse magie du contact humain tandis que la religion a vécu un miracle. Cependant, dans la tête de Freda, l’image est modulée autrement. Elle a vécu l’effet de ce que Jupiter a fait à Junon». Traduisons, ce que Ogoun ferait à Freda. Avec tellement de puissance chez lui. Autant d’hystérie chez elle. C’est peut-être là où Depestre. Citadelle invisible. Rien de ti l’home à l’étranger de Fayolle Jean, la vision cinématographique qui ira peut-être aider à la déformation d’une réalité nationale travestie grâce à un schématisme folklorique et aberrant pour défloration de la conscience nationale. C’est dans une autre dimension, le cas Des Rosiers, logique et oralité d’une patrie intime. Condamnés voyageurs malgré nous, commerçons ainsi les goûts et phobies par la migration. Enrichissons la définition orale de la pensée, des besoins. Yvon Chéry, intéréssé par le cinéma, constate que la mimique artistique haïtienne est meilleure dans la transmission orale, que par la lecture du script académique. La sémantique est dans le réel. Mémoire.

La création de la star-acteur. Le film pourrait paraître comme un mélange d’ésotérisme et d’horreurs, mais c’est en fait un drame social qui se termine par une issue plus réconfortante. Quelle école ! Le réalisateur choisit d’embellir les scènes de volupté, mais propose la lucidité pour exposer la douleur et le malheur, comme le linge sale. Le personnage de Freda Dantor est authentique. Jessica Généus pourrait bien jouer le rôle de Frida. Nous avons l’embarras du choix avec «Cependant, je suis persuadé qu’en allant chercher une actrice telle que Fabienne Colas, quand on connaît l’emploi de ses charmes devant la caméra, le casting aurait-il mieux réussi le coup de la sensualité». Je termine en disant ceci : allez voir ou, revoir Tous les matins du monde. Vous comprendrez l’importance, la capacité aussi de faire le deuil. Mais avant tout, nous devons savoir si Haollywood est un moule qui définira l’or ou, l’or qui prendra la forme du moule. Miraculeusement les deux à la fois. Nous poursuivrons en avant dernière avec Le Frère du Président.


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, édition du 20 août 2014, VOL XXXXIV No.34, New York et se trouve en P.8 à :


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