Rumeurs persistantes d’introduction de l’argent sale… par Léo Joseph

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APPRÉCIATION SPECTACULAIRE DE LA GOURDE FACE AU DOLLAR

  • D’où provient cette infusion massive de billets verts ?
  • Rumeurs persistantes d’introduction de l’argent salepar Léo Joseph

Depuis plusieurs années, le marché de change subit les rigueurs de la disparité provoquée par la rareté de dollars, mettant la monnaie nationale continuellement en chute libre, par rapport au billet vert. Mais c’est sous l’administration de Jovenel Moïse que ce phénomène s’est accéléré. Au point qu’au mois de juillet, il fallait jusqu’à 120 gourdes pour acheter un seul dollar américain. Mais cette tendance s’est renversée brutalement, il y a à peine un mois. La gourde haïtienne a gagné plus de 45 %. Certains secteurs sont allés vite en besogne, donnant un satisfecit à la performance de la monnaie nationale, qui relève, selon certains, du prodige. Mais dans le monde des économistes, la discrétion, sinon le silence est à l’ordre du jour. Car les conditions ne sont pas réunies pour provoquer un tel résultat. Et personne n’entend soulever des hypothèses qui seraient de nature à ébranler un important secteur de l’économie.

Les observateurs restent sceptiques, face au recul du billet vert face à la monnaie haïtienne, en chute libre devant le dollar depuis plus d’une quinzaine d’années. Mais c’est surtout depuis l’arrivée de Jovenel Moïse au pouvoir que la descente aux enfers de la gourde s’est accélérée de manière systématique. Le scepticisme constaté dans les milieux financiers, surtout étrangers, se précise en raison du caractère local de l’appréciation de la monnaie nationale. Car, celle-ci n’a aucune incidence sur le marché de change international. On apprend, par exemple, que au moment où, en Haïti, la gourde se vend 67 pour un dollar, sur le marché international elle s’est vendue, jusqu’à lundi (5 octobre) 116 gourdes pour un dollar, par exemple.

La méfiance suscitée par cet état de fait s’accompagne de la stupéfaction, surtout que les autorités financières d’Haïti n’ont pas été en mesure d’expliquer les mesures qu’elles ont prises pour provoquer une telle réaction sur le marché des changes. Car, les économistes, tant nationaux qu’étrangers, presque unanimement, affichent leur incrédulité par rapport aux explications avancées par le gouverneur de la banque faisant croire que les millions de dollars d’amende imposée aux banques violatrices de règles jugées occultes, car n’ayant jamais été explicitées, d’une part; et, d’autre part, l’ordre donné aux maisons de transfert de payer leurs clients en gourdes; et plus de l’injonction faite aux fournisseurs de marchandises et de services d’afficher leurs prix en gourdes ont contribué à cette « nouvelle vigueur trouvée » de la gourde.

Des centaines de millions en argent sale disponibles

Dans certains milieux bancaires, à l’étranger, des acteurs qui passent pour être méfiants de la politique monétaire haïtienne eu, égard à la gestion du marché de change, souhaitent que les responsables du système bancaire international se penchent sur le cas d’Haïti. Car, argue-t-on dans ce secteur, il y a des centaines de millions de dollars en argent sale gisant dans des coffre-fort privés, ou même gardés dans certaines banques de la place.

À noter que le gouverneur de la Banque centrale avait annoncé avoir injecté USD 150 millions dans le marché de change pour « soutenir » la gourde. Une telle mesure avait été prise à plusieurs reprises, dans le passé, sans pourtant avoir eu aucun impact sur l’évolution de la gourde. Cette politique consistant à effectuer des injections de dollars dans le marché de change a été appliquée, plus d’une dizaine de fois, par les autorités bancaires haïtiennes, sans jamais contribuer à équilibrer la monnaie nationale.

Il faut aussi tenir compte de l’absence de transparence dans la formulation et l’application de la politique monétaire haïtienne. Il semble que ce procédé entre dans le cadre de la stratégie des autorités, afin de mener leurs activités dans ce domaine tout en évitant de donner de moyens de les contrôler.

En tout cas, la possibilité existe que des opérations de lessivage d’argent soient menées au milieu de la confusion créée dans un marché dont personne, sauf les autorités bancaires, ne connaissent les tournants et aboutissants.

Signalons que des rumeurs persistantes, qui ont circulé sur les média sociaux, faisaient état de Michel Martelly voulant avoir accès à des USD millions $ déposés chez des banquiers locaux, et qu’il voudrait encaisser à tout prix pour que ces valeurs soient régulièrement déposés dans des comptes à l’étranger.

D’autre part, des personnes liées professionnellement ou par des liens familiaux avec des banquiers haïtiens font croire qu’il est possible que la Banque centrale ait indirectement favorisé la lessive de l’argent sale en prêtant de tels capitaux qu’elle aurait utilisés pour alimenter le marché de change.


Cet article est publié par l’hebdomadaire Haiti-Observateur, édition du 7 octobre 2020, VOL. L No. 39 et se trouve en P. 1, 9 à : http://haiti-observateur.ca/wp-content/uploads/2020/10/HO7October2020.pdf