{"id":4864,"date":"2020-04-01T14:37:36","date_gmt":"2020-04-01T18:37:36","guid":{"rendered":"http:\/\/haiti-observateur.ca\/?p=4864"},"modified":"2020-04-01T14:37:36","modified_gmt":"2020-04-01T18:37:36","slug":"manu-dibango-est-mort-un-baobab-est-tombe-par-louis-carl-saint-jean","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/?p=4864","title":{"rendered":"Manu Dibango est mort, un baobab est tomb\u00e9&#8230; par Louis Carl Saint Jean"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Manu Dibango est mort, un baobab est tomb\u00e9<\/strong>&#8230; <em>par Louis Carl Saint Jean<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Mardi 24 mars 2020. Vingt-et-une heures et trente-cinq minutes. Je suis agglutin\u00e9 devant mon t\u00e9l\u00e9viseur, suivant les derni\u00e8res nouvelles sur le Covid-19. Mon t\u00e9l\u00e9phone sonne&#8230; Ma bonne amie ivoirienne, Marie Ang\u00e9line Ouattara m\u2019appelle de Maryland. D\u2019une voix triste, elle m\u2019apprend que le c\u00e9l\u00e9brissime musicien et compositeur camerounais Manu Dibango a rendu l\u2019\u00e2me \u00e0 Paris. \u00c2g\u00e9 de 86 ans, notre Papa Manu a \u00e9t\u00e9 victime de \u201c ce mal qui r\u00e9pand la terreur \u201c \u00e0 travers le monde entier depuis maintenant trois mois.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Quelle terrifiante nouvelle! Sur le coup, je me suis senti d\u00e9boussol\u00e9. Car, avec la mort de Manu, c\u2019est un pan entier de la culture africaine qui s\u2019est effondr\u00e9. C\u2019est un baobab, un mapou qui est tomb\u00e9!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">J\u2019adorais Manu Dibango. C\u2019est, je crois, vers 1973, un samedi, \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9poque du d\u00e9roulement du tournoi de la CONCACAF chez nous, en Ha\u00efti, que j\u2019ai entendu citer ce grand nom pour la premi\u00e8re fois. C\u2019\u00e9tait, je n\u2019en doute gu\u00e8re, sur les ondes de Radio Ha\u00efti-Inter. Cette station de radio venait de diffuser \u00abSoul Makossa\u00bb, qui deviendra par la suite la chanson f\u00e9tiche de son illustre compositeur. \u00c0 la suite de la diffusion de ce beau morceau, l\u2019animateur de l\u2019\u00e9mission \u2015 son nom m\u2019\u00e9chappe, malheureusement \u2015, en un langage ch\u00e2ti\u00e9, a bri\u00e8vement parl\u00e9 de cette star africaine. Je n\u2019avais jamais entendu parl\u00e9 d\u2019elle avant cette heureuse occasion.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est que, \u00e0 dire vrai, jusqu\u2019ici, je ne connaissais comme artistes africains que les po\u00e8tes L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor et Bernard Dadi\u00e9, le diseur et chanteur s\u00e9n\u00e9galais Bachir Tour\u00e9, le chanteur b\u00e9ninois G.G. Vikey et de rares autres, si ce n\u2019\u00e9tait pas tout. Avec passion, j\u2019ai pass\u00e9 le clair de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 zapper d\u2019une radio \u00e0 l\u2019autre, esp\u00e9rant de pouvoir jouir \u00e0 nouveau des d\u00e9lices de \u00abSoul Makossa\u00bb ou celles d\u2019autres cr\u00e9ations du nouvel objet de mon admiration.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Peine perdue! \u00c0 part des chansonnettes fran\u00e7aises en vogue, je me contentai alors des morceaux locaux que nous proposaient d\u2019excellents animateurs tels que Ulrick \u00abRico\u00bb Jean-Baptiste et Jacques Sampeur et surtout \u00abToup pou yo\u00bb, le chant de ralliement de l\u2019inoubliable s\u00e9lection nationale de football d\u2019alors.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque les informations \u00e9taient fournies au compte-gouttes, j\u2019ai d\u00fb alors attendre jusqu\u2019au surlendemain pour me rendre \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Institut Fran\u00e7ais, situ\u00e9e alors \u00e0 la Cit\u00e9 de l\u2019Exposition pour \u00e9tancher ma soif.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Me voici donc \u00e0 l\u2019Institut Fran\u00e7ais, ce lundi-l\u00e0. J\u2019y arrivai d\u00e8s l\u2019ouverture. La gentille biblioth\u00e9caire m\u2019accueillit cordialement. Apr\u00e8s quelques bonnes minutes de recherches, elle me tendit un ou deux exemplaires de Jeune Afrique dans lesquels avaient \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s des articles sur Manu Dibango. Je les lis d\u2019une joie d\u00e9bordante et pris des notes avec avidit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00c0 mon retour dans mon quartier, je fis fi\u00e8rement part de ma trouvaille \u00e0 mes camarades &#8211; les Flaubert Aur\u00e9lus, Jacques Patrick Glaure, Claude Parola, Evens Jean-Louis, <em>etc<\/em>. Inutile de dire qu\u2019eux aussi ne tarderont pas \u00e0 devenir des admirateurs de Manu. C\u2019est, d\u2019ailleurs, ainsi que nous nous formions \u00e0 l\u2019\u00e9poque: l\u2019un aidait l\u2019autre, en se passant des bouquins, des journaux, des romans-photos, des revues ou tout autre mat\u00e9riel susceptible de meubler notre esprit. Entendez, s\u2019il vous pla\u00eet, des mat\u00e9riels import\u00e9s de France.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Comme tous les \u00e9coliers et \u00e9tudiants de ma g\u00e9n\u00e9ration, me br\u00fblait le c\u0153ur l\u2019envie de conna\u00eetre l\u2019Afrique, que certains de nos instituteurs nous cachaient. Ou nous apprenaient \u00e0 ha\u00efr. Et, croyez-moi, c\u2019est bien le verbe. En effet, beaucoup d\u2019entre eux avaient pris un malin plaisir \u00e0 nous d\u00e9crire l\u2019Alma mater sous un regard hideux. Nous devons admettre qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, bon nombre de nos institutions, surtout les \u00e9coles congr\u00e9ganistes, nous formaient pour \u00eatre de ceux que Frantz Fanon a si bien appel\u00e9s des \u00abpeaux noires, masques blancs\u00bb. Les Gaulois \u00e9taient nos anc\u00eatres, avions-nous \u00e9tudi\u00e9 dans les livres d\u2019Histoire g\u00e9n\u00e9rale qui nous venaient \u2026 de la France.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Tralala! Voil\u00e0 que magique- ment mes cousins des Gona\u00efves, mes cousines de Fond-des-N\u00e8gres, mes camarades du Bel Air, du Bas-Peu-de-Choses, de Carrefour et d\u2019autres quartiers de la Capitale et moi, natif du Morne-\u00e0-Tuf, \u00e0 Port-au-Prince, \u00e9tions la post\u00e9rit\u00e9 de Vercing\u00e9torix! Quel habile lavage de cerveau! Et de cet esclavage mental, beaucoup, m\u00eame devenus adultes, ne s\u2019en sont jamais affranchis! Et on en trouve jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Oui, on nous \u00e9loignait de notre culture. Qui pis est, on nous apprenait \u00e0 d\u00e9pr\u00e9cier nos anc\u00eatres. On nous pr\u00e9sentait Jean-Jacques Dessalines comme un criminel, Toussaint Louverture, le g\u00e9nie de Br\u00e9da, comme un \u00abfatra baton\u00bb. En vue de faire la politique du \u00ab<em>un douce \u2026 un chaud<\/em>\u00bb, de nos h\u00e9ros, deux seuls avaient un peu de gr\u00e2ce \u00e0 leurs yeux : Alexandre P\u00e9tion et Charles Belair. Avec ce dernier, qu\u2019ils appelaient le \u00abbel officier noir\u00bb, le tour \u00e9tait bien jou\u00e9, car ils ont rendu Dessalines responsable de la mort de ce brave militaire et de son h\u00e9ro\u00efne de femme, Sanite Belair.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Enfants, dans les ann\u00e9es 1970, c\u2019est dans ce contexte que notre esprit a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 dans la plupart de nos \u00e9coles. Et cela a \u00e9t\u00e9 le cas pour presque tous les \u00e9coliers \u00e9parpill\u00e9s sur le territoire national! Parfois, certains d\u2019entre nous, confus, pleuraient m\u00eame sur la cour de r\u00e9cr\u00e9ation. D\u2019autres, r\u00e9actionnaires en herbe, en riaient. La confusion \u00e9tait due au fait qu\u2019\u00e0 la maison, nos parents, surtout nos grands-parents, nous faisaient voir en Dessalines un demi-dieu et voil\u00e0 que le \u00abCher Fr\u00e8re\u00bb nous apprenait qu\u2019il \u00e9tait en train de \u00abbr\u00fbler en enfer\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Mais, il y a un Dieu pour les innocents. Au fur et \u00e0 mesure, nous allions trouver d\u2019autres ma\u00eetres qui, dans un accent plus sinc\u00e8re, feront germer dans nos c\u0153urs des aspirations plus nobles et plus grandioses. En effet, d\u2019abord, nous avaient beaucoup impressionn\u00e9 les \u00e9ditoriaux de B\u00e9chir Ben Yamed dans la revue Jeune Afrique, les articles que le docteur Ren\u00e9 Piquion publiait dans Le Nouvelliste ou dans Le Nouveau Monde sur Aim\u00e9 C\u00e9saire, sur Gontran Damas, sur L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor et sur d\u2019autres champions des valeurs n\u00e8gres. Ceux-ci allaient, en effet, nous pr\u00e9senter l\u2019Afrique pour ce qu\u2019elle \u00e9tait et restera toujours: le berceau de l\u2019humanit\u00e9!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces sources potables, un bonheur n\u2019arrivant jamais seul, d\u2019autres, dont deux en particulier, allaient compl\u00e9ter l\u2019immense t\u00e2che de nous apprendre \u00e0 aimer encore davantage l\u2019Afrique. Il s\u2019agissait, d\u2019une part, de celles que constituaient les expos\u00e9s de cours de professeurs progressistes (Pradel Pompilus, G\u00e9rard Mentor Laurent, R\u00e9my Zamor, Edner Saint Victor, Raymond Philoct\u00e8te, Anthony Virginie Saint Pierre, Idalbert Pierre-Jean, Wilhem Rom\u00e9us, <em>etc.)<\/em> D\u2019autre part, certaines \u00e9missions tr\u00e8s \u00e9ducatives que diffusaient certaines stations de radio, par le canal de pr\u00e9sentateurs bien \u00e9duqu\u00e9s. De temps en temps, timidement, celles-ci proposaient \u00e0 leurs auditeurs des morceaux musicaux et po\u00e9tiques d\u2019artistes africains qui nous avaient procur\u00e9 le plus doux enchantement.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est justement dans ce contexte que nous est parvenue en Ha\u00efti l\u2019\u0153uvre de Manu Dibango. Au fur et \u00e0 mesure, ses autres pi\u00e8ces allaient faire na\u00eetre en nous la fiert\u00e9 d\u2019\u00eatre nous-m\u00eames, c\u2019est-\u00e0-dire des fils et des filles d\u2019Afrique! Donc, lentement, mais s\u00fbrement, sa musique nous avait permis de nous rendre finalement compte que les Gaulois n\u2019\u00e9taient pas \u00abnos anc\u00eatres\u00bb. C\u2019est simple. Je laisse parler mon po\u00e8te pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, mon idole Carl Brouard : \u00abTambour, quand tu r\u00e9sonnes, mon \u00e2me hurle vers l\u2019Afrique\u2026\u00bb. (Carl Brouard, Nostalgie)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Nous allions maintenant appr\u00e9cier ce qui \u00e9tait \u00e0 nous, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des grands artistes \u00e9trangers.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Certainement, par exemple, nous avions continu\u00e9 \u00e0 aimer les artistes fran\u00e7ais et \u00e0 chanter les airs en vogue de Charles Aznavour, de Mireille Mathieu, de Jean F\u00e9rat, de Dalida, de Mike Brant, de Jacques Brel, de Nana Mouskouri, <em>etc<\/em>. Cependant, en plus, nous avions pris plaisir \u00e0 entonner \u00abGentleman G.G\u00bb, \u201c Toi qui viens de na\u00eetre\u201d de G.G. Vikey. \u00abTe revoir\u00bb nous allait faire appr\u00e9cier Elvis Kemayo un peu plus tard.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Nous avions alors pouss\u00e9 \u00e9galement un ouf de soulagement en ce qui a trait \u00e0 la po\u00e9sie et m\u00eame aux sciences sociales et politiques. D\u00e9sormais, des pi\u00e8ces telles que \u201cJe vous remercie Dieu de m\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 Noir\u201c de Bernard Dadi\u00e9, \u00abPri\u00e8re d\u2019un petit enfant n\u00e8gre\u00bb de Guy Tirolien allaient remplacer \u2015 du moins coexister avec \u2013\u2015 La carpe et les carpillons, Le papillon et l\u2019abeille, Oceano Nox, etc. Dans les mains de ceux et de celles des classes terminales ou des jeunes \u00e9tudiants, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u0153uvres d\u2019Andr\u00e9 Fontaine ou de Pierre Bourdieu, on voyait aussi \u00ab<em>Cahier d\u2019un retour au pays natal<\/em>\u00bb ou le \u00ab<em>Discours sur le colonialisme<\/em>\u00bb d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire ou \u00ab<em>Peau noire, masques blancs<\/em>\u00bb de Frantz Fanon.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Manu Dibango, tout comme Bernard Dadi\u00e9, L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, L\u00e9on Gontran Damas, Aim\u00e9 C\u00e9saire, parlant tous comme l\u2019Oncle, nous avait donc, dans une large mesure, permis de nous r\u00e9concilier avec l\u2019Afrique, que dis-je, avec nous-m\u00eames. C\u2019est, je n\u2019en ai le moindre doute, cette belle poign\u00e9e d\u2019artistes africains, n\u00e8gres qui, peu apr\u00e8s, allaient guider la plume de jeunes po\u00e8tes nationaux tels que Carlo D\u00e9sinor, Joseph Camy D\u00e9pas, William Pierre, Manno Charlemagne, Ronald Jean-Baptiste et d\u2019autres encore.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Maintenant, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Guy Durosier, du Jazz des Jeunes, de G.G. Vickey, j\u2019avais en Manu Dibango une nouvelle source musicale qui conduisait mon \u00e2me vers l\u2019Afrique. C\u2019\u00e9tait comme une sorte de r\u00e9volte. C\u2019\u00e9tait une nouvelle r\u00e9alit\u00e9. On dirait que de l\u2019Artibonite l\u2019on m\u2019appelait pour venir visiter Sol\u00e9. J\u2019\u00e9tais comme un \u00ab<em>comp\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral soleil<\/em>\u00bb, un \u00ab<em>gouverneur de la ros\u00e9e<\/em>\u00bb. Je me rebellais contre les enseignements des \u00ab<em>Chers Fr\u00e8res<\/em>\u00bb qui m\u2019avaient appris la sup\u00e9riorit\u00e9 de leur culture \u00e0 la mienne.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Gr\u00e2ce \u00e0 la musique de Manu Dibango, selon le mot de l\u2019immortel po\u00e8te indig\u00e9niste Carl Brouard, d\u2019une mani\u00e8re r\u00e9solue et irr\u00e9versible, \u00ab<em>nos regards nostalgiques se dirig\u00e8rent vers l\u2019Afrique douloureuse et maternelle<\/em>\u00bb. Oui, gr\u00e2ce au Jazz des Jeunes, nous autres Ha\u00eftiens (bien s\u00fbr, il y a des exceptions) n\u2019avions plus honte d\u2019avoir \u00ab<em>remis en honneur l\u2019ass\u00f4tor et l\u2019a\u00e7on<\/em>\u00bb dans notre musique. C\u2019\u00e9tait, d\u2019ailleurs, l\u2019une des recommandations que nous avait adress\u00e9es le docteur Jean Price-Mars dans son chef-d\u2019\u0153uvre Ainsi parla l\u2019Oncle afin d\u2019\u00e9loigner pour de bon le \u00ab<em>bovarysme collectif<\/em>\u00bb de l\u2019art ha\u00eftien. Manu Dibango est mort! Quel drame!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Je n\u2019oublierai jamais ce 10 ao\u00fbt 1994 quand j\u2019ai vu Manu Dibango pour la premi\u00e8re fois face \u00e0 face. C\u2019\u00e9tait \u00e0 SOB\u2019S, \u00e0 New York. Je ne pouvais pas en croire mes yeux. C\u2019\u00e9tait comme si j\u2019\u00e9tais en pr\u00e9sence de mon p\u00e8re Louis Saint Jean baladant sur le wharf des Gona\u00efves ou en celle de mon grand-oncle L\u00e9riva Placide (Tonton Va) sous une tonnelle \u00e0 Fond-des-N\u00e8gres. J\u2019ai senti bouillir dans mes veines mon sang pur de N\u00e8gre. Je dois aussi avouer que j\u2019ai ressenti la m\u00eame sensation une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus tard en pr\u00e9sence du grand pianiste cubain Bebo Vald\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">De son vrai nom Emmanuel N\u2019Djoke Dibango, notre Papa Manu a vu le jour \u00e0 Douala, au Cameroun, le 12 d\u00e9cembre 1933. Comme saxophoniste, compositeur et musicien, pendant plus de soixante ans, il s\u2019est distingu\u00e9 \u00e0 travers le monde comme l\u2019un des plus grands artistes que l\u2019univers ait connus. Manu a, selon moi, sa place dans la l\u00e9gende musicale comme les Bob Marley, les Charles Aznavour, les Celia Cruz, les John Lenon, les Nat King Cole, <em>etc<\/em>. Comme l\u2019a si bien fait remarquer mon excellent ami H\u00e9rold Dasque : \u00ab<em>Manu Dibango et Miriam Makeba font partie de nos artistes qui ont ouvert la voie \u00e0 l\u2019Afro World Beat\u00bb<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Je n\u2019ai pu franchement retenir mes larmes apr\u00e8s avoir appris la nouvelle de la mort de Manu. Notre irrempla\u00e7able Papy Groove est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 des suites du Coronavirus. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que la couronne de l\u2019immortalit\u00e9 n\u00e9gro-africaine ceindra toujours son beau front qui n\u2019a d\u2019\u00e9gal que son merveilleux sourire, le sourire sinc\u00e8re du n\u00e8gre africain.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Poursuis ton \u0153uvre, \u00f4 Manu, en faisant f\u00eate au pays des anges comme tu l\u2019as fait pour nous ici-bas pendant six d\u00e9cennies. \u00c9largis, pour cela, ton Soul Makossa Gang. Tu feras appel \u00e0 des artistes de ton sang \u2015 Guy Durosier, Antalcidas Murat, Raymond \u00abti Roro\u00bb Baillergeau, Hughes Masekela, Fela Kuti, Cesaria Evora, Roland Pierre-Charles, Edith Lefel, Marius Cultier, Al Lirvat, Duke Ellington, Miles Davis, Ella Fitzgerald, Louis Armstrong et d\u2019autres merveilleux cong\u00e9n\u00e8res. Ainsi, tu feras comprendre aux \u00eatres c\u00e9lestes que le N\u00e8gre, l\u2019Africain est n\u00e9 pour vivre&#8230; pour survive&#8230;Rien ne va l\u2019\u00e9branler.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Merci Manu! Merci pour ta si belle musique. Merci d\u2019avoir repr\u00e9sent\u00e9 avec dignit\u00e9 l\u2019Afrique et la race noire. Va te reposer, vieux fr\u00e8re. Pour terminer, permets que j\u2019emprunte la verve g\u00e9n\u00e9reuse du po\u00e8te ha\u00eftien Jean-Baptiste Romain pour te dire, comme il avait dit aux fils de M\u00e9n\u00e9lik:<\/span><\/p>\n<ul style=\"text-align: left;\">\n<li><span style=\"color: #000000;\"><em>\u00abTu dors l\u00e0, Sous l\u2019\u0153il d\u00e9vorant des mercenaires<\/em><\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\"><em>Et le sommeil inconsol\u00e9 au walhala<\/em><\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\"><em>R\u00e9\u00e9dite leurs visions mill\u00e9naires.<\/em><\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\"><em>Tu dors l\u00e0,<\/em><\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\"><em>Dans l\u2019attente des aubes claires.<\/em><\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\"><em>Un jour, tu surgiras du Sahara<\/em><\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\"><em>En la splendeur d\u2019une [Afrique] de lumi\u00e8re.\u00bb<\/em><\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Adieu Manu! Tu vas me manquer cruellement!<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<ol style=\"text-align: left;\">\n<li><span style=\"color: #000000;\">C. S. J. <a style=\"color: #000000;\" href=\"mailto:louiscarlsj@yahoo.com\">louiscarlsj@yahoo.com<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<ul style=\"text-align: left;\">\n<li><span style=\"color: #000000;\">24 mars 2020, 22 h 20<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">cet article est publi\u00e9 par l&rsquo;hebdomadaire Ha\u00efti-Observateur, <strong>VOL. L No.12<\/strong> <em>New-York<\/em>, \u00e9dition du 1<sup>e<\/sup> avril 2020 et se trouve en <strong>P.4, 12,<\/strong> \u00e0 : <a style=\"color: #000000;\" href=\"http:\/\/haiti-observateur.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/H-O-1-april-2020-1.pdf\">http:\/\/haiti-observateur.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/H-O-1-april-2020-1.pdf<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Manu Dibango est mort, un baobab est tomb\u00e9&#8230; par Louis Carl Saint Jean Mardi 24 mars 2020. Vingt-et-une heures et trente-cinq minutes. Je suis agglutin\u00e9 devant mon t\u00e9l\u00e9viseur, suivant les derni\u00e8res nouvelles sur le Covid-19. Mon t\u00e9l\u00e9phone sonne&#8230; Ma bonne&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4865,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,6,37,38],"tags":[118,552,1691,1955,1989,2021,2106,2242,2840,2841,2974,3185],"class_list":["post-4864","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-afrique-2","category-arts","category-musique","category-necrologie","tag-afrique","tag-carl","tag-jean","tag-louis","tag-macossa","tag-mani-dibango","tag-menelik","tag-musique","tag-sahara","tag-saint","tag-soul","tag-verve"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4864","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4864"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4864\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4864"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4864"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4864"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}