{"id":5144,"date":"2020-05-13T08:39:40","date_gmt":"2020-05-13T12:39:40","guid":{"rendered":"http:\/\/haiti-observateur.ca\/?p=5144"},"modified":"2020-05-13T08:39:40","modified_gmt":"2020-05-13T12:39:40","slug":"le-20-mai-1968-les-camoquins-debarquaient-au-cap-haitien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/?p=5144","title":{"rendered":"Le 20 mai 1968, les Camoquins d\u00e9barquaient au Cap-Ha\u00eftien"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>LE COIN DE L\u2019HISTOIRE <\/strong><em>par <a style=\"color: #000000;\" href=\"mailto:coindelhistoire@gmail.co\">Charles Dupuy<\/a><\/em><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"color: #000000;\"><strong>Le 20 mai 1968, les Camoquins d\u00e9barquaient au Cap-Ha\u00eftien<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le 20 mai 1968, les Camoquins d\u00e9barquaient au Cap-Ha\u00eftien. Cette invasion ne semble toutefois pas \u00eatre une surprise pour le gouvernement duvali\u00e9riste. En effet, depuis pr\u00e8s de deux mois, la principale unit\u00e9 des Garde-C\u00f4tes, le GC-19, attendait patiemment au port le d\u00e9barquement des rebelles. Ces derniers arriv\u00e8rent enfin le 20 mai, \u00e0 une heure de l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 bord d\u2019un DC-3 de location. En prenant position \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, ils eurent la surprise de voir surgir le colonel Prosper Maura, nouvellement promu commandant du d\u00e9partement militaire en remplacement du colonel Henry Namphy. Ils le constitu\u00e8rent prisonnier \u00e0 l\u2019\u00e9tonnement \u00e9bloui des habitants du voisinage qui n\u2019en croyaient pas leurs yeux devant une si belle prise. Apr\u00e8s ce coup d\u2019\u00e9clat inattendu, les Camoquins se mirent \u00e0 distribuer des armes automatiques aux jeunes des environs dont les plus intr\u00e9pides ne s\u2019\u00e9taient d\u2019ailleurs pas g\u00ean\u00e9s pour venir en r\u00e9clamer. Le moment \u00e9tait \u00e0 l\u2019optimisme, la deuxi\u00e8me agglom\u00e9ration en importance au pays \u00e9tait pratiquement une ville ouverte, on attendait seulement des renforts pour l\u2019investir et marcher triomphalement sur la capitale. En fait, les renforts esp\u00e9r\u00e9s ne devaient jamais venir et, avant m\u00eame de commencer, l\u2019op\u00e9ration prenait l\u2019allure d\u2019un lamentable \u00e9chec.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le d\u00e9barquement \u00e9tait une initiative de la Coalition ha\u00eftienne, un influent mouvement d\u2019opposition bas\u00e9 aux \u00c9tats-Unis. La Coalition regroupait des politiciens aussi prestigieux que Luc Fouch\u00e9 et l\u2019ancien pr\u00e9sident Paul Magloire. \u00c0 ces derniers, le D\u00e9partement d\u2019\u00c9tat aurait promis toute l\u2019aide n\u00e9cessaire, \u00e0 la seule condition que leurs troupes parviennent \u00e0 s\u2019accrocher pendant 24 heures en territoire ha\u00eftien. Mais une longue s\u00e9rie de malchances allait provoquer la d\u00e9route des rebelles et leur pitoyable d\u00e9bandade. Par exemple, selon Raymond Cassagnol, qui prit une part active \u00e0 cette offensive, \u00abIl y avait des hommes \u00e0 l\u2019entra\u00eenement dans une des \u00eeles d\u00e9sertes [\u2026] des Bahamas. Il n\u2019y avait pas d\u2019eau potable et les ravitaillements se faisaient par \u201cparachutage\u201c. \u00c0 l\u2019occasion d\u2019une de ces op\u00e9rations, les \u201cr\u00e9cipients\u201c furent parachut\u00e9s et un avion commercial qui passait, croyant qu\u2019un pilote en d\u00e9tresse s\u2019\u00e9tait lanc\u00e9 en parachute, alerta les autorit\u00e9s des Bahamas qui se rendirent vers l\u2019\u00eele signal\u00e9e. Ils d\u00e9couvrirent un groupe d\u2019Ha\u00eftiens \u00e0 l\u2019entra\u00eenement. Ils furent imm\u00e9diatement arr\u00eat\u00e9s. Voil\u00e0 donc un groupe de perdu\u00bb. (Raymond Cassagnol, M\u00e9moires d\u2019un r\u00e9volutionnaire, p.246). Ce ne sera pas la derni\u00e8re d\u00e9convenue. Le bateau arrivant de Floride avec la cargaison d\u2019armes des rebelles allait affronter une mer d\u00e9mont\u00e9e au large des Bahamas. L\u2019imprudence du capitaine entra\u00eena le naufrage du b\u00e2timent et la perte du mat\u00e9riel de guerre qu\u2019il transportait. Rescap\u00e9s du d\u00e9sastre par les Garde-C\u00f4tes am\u00e9ricains, l\u2019\u00e9quipage et les hommes de troupe furent appr\u00e9hend\u00e9s et retourn\u00e9s en Floride.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">En d\u00e9pit de ces revers, au petit matin du 20 mai, le B-25 des rebelles d\u00e9collait d\u2019une petite \u00eele des Bahamas avec dix bombes de 200 livres munies de d\u00e9tonateurs bricol\u00e9s \u00e0 partir de cartouches de fusil de chasse. Vers les huit heures, l\u2019avion l\u00e2chait quatre bombes aux abords du Palais national. Naturellement aucune d\u2019entre elles n\u2019explosa, pas plus d\u2019ailleurs que celle qu\u2019elle largua aux abords de l\u2019a\u00e9roport de Chancerelles. Quelques heures plus tard, le capitaine d\u2019un DC-3 de location, apr\u00e8s avoir vainement attendu le gros de la troupe qu\u2019il devait prendre \u00e0 son bord, d\u00e9collait en direction d\u2019Ha\u00efti. En d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, un petit avion Cessena suivi du DC-3 et du B-25 atterrissait \u00e0 l\u2019a\u00e9roport du Cap-Ha\u00eftien. \u00ab Imm\u00e9diatement, nous dit Cassagnol, les hommes se dirig\u00e8rent vers la route du Cap et quelques minutes apr\u00e8s, on pouvait entendre le cr\u00e9pitement des mitrailleuses. \u00c0 ce moment, je pus convaincre Jay (Jay Humphrey, le pilote) qu\u2019il fallait d\u00e9coller et lancer une ou deux bombes sur les casernes du Cap. Une bombe fut l\u00e2ch\u00e9e et, comme pour les autres jet\u00e9es sur Port-au-Prince, elle eut le m\u00eame sort. Si ces bombes avaient explos\u00e9, la situation aurait \u00e9t\u00e9 bien diff\u00e9rente et cela aurait pu produire une r\u00e9action\u00bb (idem, &#8211; p.251).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Il est permis d\u2019en douter. En fait, apr\u00e8s avoir survol\u00e9 la ville pendant quelques minutes, le B25 largua une bombe \u00e0 la rue 22, laquelle se retrouva en fin de cour se en plein milieu de la chambre \u00e0 coucher d\u2019une r\u00e9sidence priv\u00e9e dont elle avait proprement d\u00e9fonc\u00e9 la toiture. On peut consid\u00e9rer que c\u2019est un parfait miracle si cet engin n\u2019a ni explos\u00e9 ni fait davantage de d\u00e9g\u00e2ts.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ce qu\u2019esp\u00e9raient les organisateurs de l\u2019exp\u00e9dition, c\u2019est que le peuple, en apprenant la nouvelle du d\u00e9barquement, se soul\u00e8verait contre Duvalier, gagnerait les rues et renverserait la dictature. Mais les rebelles ne pouvaient faire aucune d\u00e9monstration de force et tentaient d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment d\u2019\u00e9chapper au pi\u00e8ge qui se refermait sur eux. En fin d\u2019apr\u00e8s-midi, d\u2019ailleurs, jugeant la partie perdue, les chefs de l\u2019op\u00e9ration d\u00e9cidaient d\u2019abandonner leurs hommes. \u00abApr\u00e8s environ trois heures, nous apprend Cassagnol, je vis arriver [Bernard] Sansaricq et [Raymond] Montreuil. Ils me demand\u00e8rent de monter \u00e0 bord du Cessna avec eux. Je pensais qu\u2019ils allaient faire un vol de reconnaissance. [\u2026] Quand je me rendis compte qu\u2019ils mettaient le cap vers le nord, je compris qu\u2019ils avaient abandonn\u00e9 la lutte. \u00c0 ce moment, furieux, je leur fis comprendre que j\u2019aurais d\u00e9truit le B-25, au lieu de le laisser \u00e0 Duvalier. C\u2019\u00e9tait la fin tragique d\u2019une aventure au cours de laquelle j\u2019aurais pu laisser ma peau et o\u00f9 ceux laiss\u00e9s au Cap allaient avoir des comptes \u00e0 rendre \u00e0 Duvalier et \u00e0 ses sbires\u00bb (idem, p. 251).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le lendemain matin, les Capois, paniqu\u00e9s, courent s\u2019approvisionner dans les derniers magasins encore ouverts et se pr\u00e9parent au pire. \u00c0 neuf heures, les canonniers des Garde-C\u00f4tes ouvrent le feu sur l\u2019a\u00e9roport, mais avec un tir si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment erratique et impr\u00e9cis que leurs obus, au lieu d\u2019atteindre leur cible, explosent un peu au hasard dans les champs circonvoisins. Pilonn\u00e9s par les Garde-C\u00f4tes, cern\u00e9s par les soldats du bataillon tactique, sans espoir de renforts, les Camoquins n\u2019ont plus d\u2019autre choix que la fuite vers la fronti\u00e8re dominicaine. Douze seront captur\u00e9s pendant leur retraite, quatre d\u2019entre eux aboutiront \u00e0 Monte Cristi o\u00f9, selon la radio locale, un avion militaire am\u00e9ricain serait venu les r\u00e9cup\u00e9rer. Alors que certains rebelles parviendront \u00e0 se fondre dans la population, sept seront tu\u00e9s, dont Pierre Lecorps, Nolasse Dadaille et un d\u00e9nomm\u00e9 Benjamin dont les t\u00eates furent tranch\u00e9es par les miliciens qui, selon la coutume, s\u2019empress\u00e8rent d\u2019aller les offrir \u00e0 Duvalier, au Palais national. En p\u00e9n\u00e9trant dans l\u2019a\u00e9roport d\u00e9sert\u00e9, les soldats du bataillon tactique d\u00e9couvriront le cadavre abominablement mutil\u00e9 du colonel Maura, celui du citoyen Jean Th\u00e9ard (un agronome), ainsi que le B-25 abandonn\u00e9 par les rebelles.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le 24 mai, vers 4 heures, le B-25 est conduit triomphalement \u00e0 Port-au-Prince o\u00f9 son \u00e9quipage, compos\u00e9 du capitaine Georges Verrier, des sous-lieutenants Guillaume Monplaisir et Fr\u00e9d\u00e9ric Coles est accueilli par Duvalier suivi de son fils Jean-Claude, de M. et Mme Luc-Albert Foucard, du g\u00e9n\u00e9ral G\u00e9rard Constant, des colonels J. Laroche, F. Arty, G. Danache, L. Prosper, R. Saint-Albin, P. Hyppolite, H. Namphy, C. Th\u00e9odore, C. Raymond, C. Breton et G. Jacques; des ministres Clovis D\u00e9sinor, Lebert Jean-Pierre et Max Adolphe; du pr\u00e9fet Winsor Day, de l\u2019ambassadeur Ren\u00e9 Hyppolite et de G\u00e9rard de Catalogne. La photo de l\u2019appareil est publi\u00e9e de face et de profil dans Le Nouveau Monde, l\u2019organe officiel du gouvernement qui, \u00e0 la une, fait figurer Duvalier en uniforme de soldat. Chef supr\u00eame et effectif des forces arm\u00e9es d\u2019Ha\u00efti, Duvalier interroge lui-m\u00eame les prisonniers dans son bureau. Selon Le Nouveau Monde : \u00abDeux nouveaux prisonniers ont \u00e9t\u00e9 faits par les forces gouvernementales et, comme les premiers, ils ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 un interrogatoire serr\u00e9 qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 dans le cabinet de travail du pr\u00e9sident Duvalier, au Palais national. Les prisonniers s\u2019appellent Maurice Magloire et Philippe Briette, tous deux du Cap-Ha\u00eftien. [\u2026] En d\u00e9barquant [\u2026] les rebelles s\u2019attendaient \u00e0 \u00eatre re\u00e7us par plus de deux cents hommes avec lesquels ils avaient \u00e9t\u00e9 en rapport auparavant et \u00e0 qui ils apportaient des munitions, des uniformes et des armes. [\u2026] Le pr\u00e9sident nous a d\u00e9clar\u00e9 que sa police internationale l\u2019avait tenu au courant au jour le jour des pr\u00e9paratifs de ses adversaires et c\u2019est la raison pour laquelle il avait donn\u00e9 deux jours de cong\u00e9 aux \u00e9coliers. On peut aussi se demander, poursuit le journal, ce que Raymond Magloire, le fils de Paul Magloire, faisait ces jours-ci \u00e0 la Jama\u00efque, ce que M. Thomas D\u00e9sulm\u00e9 faisait \u00e0 Porto-Rico, sans oublier, comme l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 le chef de l\u2019\u00c9tat, les activit\u00e9s plus ou moins clandestines des Otto [sic] Roy, des Jacques L\u00e9ger, de la famille Magloire, <em>etc<\/em>.\u00bb (Le Nouveau Monde du 25 mai 1968).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Sans \u00eatre en reste, les d\u00e9put\u00e9s remettaient les pleins pouvoirs \u00e0 Duvalier, tandis que le pr\u00e9fet du Cap-Ha\u00eftien et de la Grande-Rivi\u00e8re-du-Nord, Me \u00c9mile Auguste, faisait chanter le Te Deum. Duvalier d\u00e9l\u00e8gue l\u2019ambassadeur Bonhomme devant le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies pour d\u00e9noncer l\u2019attaque perfide dont avait \u00e9t\u00e9 l\u2019objet son gouvernement de la part de ses ennemis qui b\u00e9n\u00e9ficiaient, de toute \u00e9vidence, de l\u2019appui de certaines grandes puissances \u00e9trang\u00e8res. Les prisonniers sont jug\u00e9s aux casernes Dessalines par un tribunal militaire pr\u00e9sid\u00e9 par le colonel Jacques Laroche, assist\u00e9 de ses coll\u00e8gues Georges Danache, Quesner Blain, Octave Cayard et Claude Raymond. Le si\u00e8ge de la d\u00e9fense est occup\u00e9 par Me Vergniaud Lafontant, un sp\u00e9cialiste du droit criminel, qui fait face au colonel Franck Romain, dans le r\u00f4le d\u2019accusateur militaire. Le proc\u00e8s des conjur\u00e9s du 20 mai suscite la curiosit\u00e9 insatiable du public et est suivi par tous les grands quotidiens de la capitale. Duvalier se r\u00e9jouit de la piteuse d\u00e9confiture de ses adversaires, il triomphe et jubile tandis que l\u2019adulation officielle envers sa personne atteint des sommets jusque-l\u00e0 in\u00e9gal\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Un mois apr\u00e8s ce d\u00e9barquement qui a avort\u00e9, le contingent de soldats envoy\u00e9s combattre les rebelles offre une grande parade d\u2019honneur au pr\u00e9sident dans la cour des casernes Dessalines. Duvalier qui, pour l\u2019occasion, a rev\u00eatu son uniforme de simple soldat en profite pour haranguer ses hommes. \u00abDans la Rome antique, leur dit-il, on accueillait les troupes victorieuses avec des fleurs. Moi, je vous accueille [\u2026 ] avec le fusil. [\u2026] Alli\u00e9s aux Volontaires de la S\u00e9curit\u00e9 nationale et \u00e0 mes braves paysans, vous avez inflig\u00e9 la plus cuisante d\u00e9faite aux apatrides et aux valets de Paul Magloire, Luc Fouch\u00e9, Raymond Alcide Joseph, Robert Basile, Louis Roy, Marcel Fombrun, Jacques Nicolas L\u00e9ger, tous ces bourgeois noirs et mul\u00e2tres qui r\u00eavent de reprendre le pouvoir pour recommencer leur vie de sybarites au d\u00e9triment du peuple. En 1956, j\u2019ai chass\u00e9 Paul E. Magloire et sa clique du pouvoir. [\u2026] Il y a \u00e0 peine quelque temps, les casernes \u00e9taient aux mains d\u2019une certaine classe de gens, les Pasquet, Dominique et autres de la clique de Paul Magloire, l\u2019homme qui a vol\u00e9 les caisses de l\u2019\u00c9tat de plus de 19 millions de dollars (*). Maintenant les casernes Dessalines sont \u00e0 moi, et \u00e0 vous autres de la R\u00e9publique sociale de Duvalier\u00bb (Le Nouveau Monde du 12 juin 1968).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Pendant ce temps, certains accus\u00e9s soutenaient devant le tribunal que les docteurs Charles Leconte et Jacques Doucet, de m\u00eame que certains militaires ha\u00eftiens en fonction, \u00e9taient affili\u00e9s \u00e0 la Coalition ha\u00eftienne et lui fournissaient de tr\u00e8s pr\u00e9cieux renseignements. L\u00e0-dessus d\u2019ailleurs l\u2019accus\u00e9 Lebrun Leblanc sera formel, pendant toute l\u2019op\u00e9ration, les conspirateurs ont dispos\u00e9 d\u2019in formations techniques provenant de l\u2019\u00e9tat-major des Garde-C\u00f4tes. Quand un autre accus\u00e9, Rayond Toussaint, affirma dans sa d\u00e9position que l\u2019industriel Oswald J. Brandt avait promis de verser aux organisateurs du d\u00e9barquement la somme de 150,000 dollars, il n\u2019en fallut pas davantage pour que celui-ci soit mis en accusation et convoqu\u00e9 \u00e0 la barre des t\u00e9moins. Immigrant arriv\u00e9 de la Jama\u00efque le 11 avril 1911, lors du retour d\u2019exil du pr\u00e9sident Antoine Simon, Brandt se retrouvait quelques ann\u00e9es plus tard d\u00e9tenteur de la plus grande fortune du pays. Personnalit\u00e9 extr\u00eamement influente dans le milieu des affaires et pourvoyeur financier des aspirants \u00e0 la pr\u00e9sidence, depuis pr\u00e8s de trente ans, Brandt est avidement interrog\u00e9 sur ses relations avec Paul Magloire, Luc Fouch\u00e9, Joseph Lemieux D\u00e9jean, le Dr Louis Roy, Charles Plaisimond, Raymond Cassagnol, Gaston Jumelle, Adelphin Telson, <em>etc.<\/em> Il soutient \u00abqu\u2019il a toujours conserv\u00e9 d\u2019excellentes relations avec l\u2019ex-pr\u00e9sident Paul E. Magloire ainsi que le Dr Louis Roy qui fut son m\u00e9decin au Canada [\u2026] mais que ses relations avec Luc Fouch\u00e9 ne furent qu\u2019occasionnelles, ainsi qu\u2019avec Cassagnol, qu\u2019il n\u2019a vu qu\u2019une fois de sa vie parce que son fr\u00e8re achetait du caf\u00e9 pour lui \u00e0 For\u00eat-des-Pins. [\u2026] Mais l\u2019accusation et la cour trouvent \u00e9trange que Paul Magloire, ami de Brandt (**) comme ce dernier ne cesse de le dire, jusqu\u2019\u00e0 d\u00eener, d\u00e9jeuner avec lui \u00e0 chaque fois qu\u2019il passe en transit ou r\u00e9side \u00e0 New York plus de 24 heures, n\u2019ait pas daign\u00e9 m\u00eame une fois parler de ses projets \u00e0 Brandt m\u00eame pour avoir son appui financier \u00bb (Le Matin du 21 juin 1968).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Accus\u00e9 lui aussi d\u2019avoir financ\u00e9 les activit\u00e9s subversives de la Coalition ha\u00eftienne, Clifford Brandt, le fils d\u2019Oswald Brandt, est convoqu\u00e9 devant la cour militaire. Clifford Brandt, qui se pr\u00e9sente comme un comptable de nationalit\u00e9 jama\u00efcaine, d\u00e9clare ne pas entretenir de rapports politiques avec Paul Magloire et consid\u00e8re comme inexactes et sans fondement toutes les accusations port\u00e9es contre lui. La cour rend alors une ordonnance de mise en accusation et renvoie les Brandt devant leur juge naturel. C\u2019est dans cette ambiance politique troubl\u00e9e que le tribunal fera d\u00e9filer des t\u00e9moins aussi inattendus que les fr\u00e8res Jean-Claude L\u00e9ger et Georges L\u00e9ger fils, Donald P. Lungwitz, Charles Plaisimond et quantit\u00e9 d\u2019autres citoyens de moindre renomm\u00e9e. Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pouvait attendre toutefois, l\u2019affaire n\u2019alla pas beaucoup plus loin. Les Brandt, de m\u00eame que les L\u00e9ger, furent lib\u00e9r\u00e9s quelque temps apr\u00e8s et l\u2019on pr\u00e9f\u00e9ra bient\u00f4t parler d\u2019autres choses. Sur ces entrefaites, Duvalier achetait pour la coquette somme de 280,000 dollars aux propri\u00e9taires de Radio New York Worldwide, le temps d\u2019antenne qu\u2019ils mettaient jusque-l\u00e0 \u00e0 la disposition de la Coalition ha\u00eftienne. C\u2019est ainsi qu\u2019un matin de juin 1968, les animateurs de Radio Vonvon firent leurs adieux \u00e0 la population avant l\u2019interruption d\u00e9finitive de leurs \u00e9missions. Quant aux rebelles captur\u00e9s, Jean \u00c9land, Raymond Toussaint, G\u00e9rard Pierre, Lebrun Leblanc, Maurice Ambroise Magloire, Resley Jean-Denis, Wesley Lamant, Joe \u00c9land, Carnot Henri, Philippe Briette, Ernst Jean, Raymond Francis, ils furent condamn\u00e9s par le tribunal militaire, jet\u00e9 \u00e0 fond de ge\u00f4le et jamais plus personne n\u2019entendit parler de ces infortun\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le d\u00e9barquement du 20 mai 1968 \u00e9tait le huiti\u00e8me \u00e9chec de la s\u00e9rie des attaques arm\u00e9es contre le gouvernement de Duvalier. Par son cuisant insucc\u00e8s, il n\u2019aura servi qu\u2019\u00e0 consolider le pouvoir de la dictature qui, d\u00e8s lors, gagnera en force et en arrogance tout en prenant des allures d\u2019invincibilit\u00e9 face \u00e0 ses ennemis.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">(*) Notons qu\u2019au m\u00eame moment, Duvalier se livrait au pillage des caisses de l\u2019\u00c9tat et d\u00e9posait son butin dans les banques suisses. Apr\u00e8s la chute de son fils et successeur, Jean-Claude, les autorit\u00e9s suisses, qui, jusque-l\u00e0, regardaient le secret bancaire comme sacr\u00e9e, adopt\u00e8rent une loi intitul\u00e9e Lex Duvalier les Une loi autorisant \u00e0 geler les comptes de banque du dictateur ha\u00eftien ainsi que ceux de tout despote d\u00e9chu et suspect\u00e9 d\u2019acquisition ill\u00e9gale de biens publics. C\u2019\u00e9tait une premi\u00e8re mondiale dans la lutte \u00e0 la corruption politique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">(**) Peu apr\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir, Duvalier alla visiter les installations industrielles d\u2019Oswald J. Brandt \u00e0 Delmas. Quand il remarqua une photo d\u00e9dicac\u00e9e de Paul Magloire accroch\u00e9e au mur de son bureau, Duvalier lui demanda: \u00abVous avez encore la photo de cet homme chez vous ? \u00bb \u00abOui, r\u00e9pondit Brandt, il s\u2019agit d\u2019un vieil ami\u2026\u00bb. Cette anecdote est parfaitement authentique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>C.D.<\/strong> <a style=\"color: #000000;\" href=\"mailto:coindelhistoire@gmail.com\">coindelhistoire@gmail.com<\/a> (514) 862-7185.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #000000;\">cet article est publi\u00e9 par l&rsquo;hebdomadaire Ha\u00efti-Observateur, <strong>VOL. L No.18<\/strong>\u00a0<em>New York<\/em>, \u00e9dition du 13 mai 2020 et se trouve en <strong>P.3, 14<\/strong> \u00e0\u00a0: <a style=\"color: #000000;\" href=\"http:\/\/haiti-observateur.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/H-O-13-mai-2020-1.pdf\">http:\/\/haiti-observateur.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/H-O-13-mai-2020-1.pdf<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE COIN DE L\u2019HISTOIRE par Charles Dupuy Le 20 mai 1968, les Camoquins d\u00e9barquaient au Cap-Ha\u00eftien Le 20 mai 1968, les Camoquins d\u00e9barquaient au Cap-Ha\u00eftien. Cette invasion ne semble toutefois pas \u00eatre une surprise pour le gouvernement duvali\u00e9riste. 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