{"id":5251,"date":"2020-05-27T12:35:09","date_gmt":"2020-05-27T16:35:09","guid":{"rendered":"http:\/\/haiti-observateur.ca\/?p=5251"},"modified":"2020-05-27T12:35:09","modified_gmt":"2020-05-27T16:35:09","slug":"quand-duvalier-ecrasait-la-guerilla-communiste-au-cap-haitien-par-charles-dupuy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/?p=5251","title":{"rendered":"Quand Duvalier \u00e9crasait la gu\u00e9rilla communiste au Cap-Ha\u00eftien par Charles Dupuy"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>LE COIN DE L\u2019HISTOIRE<\/strong> <em>Par Charles Dupuy<\/em><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"color: #000000;\"><strong>Quand Duvalier \u00e9crasait la gu\u00e9rilla communiste au Cap-Ha\u00eftien<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Moins d\u2019un mois apr\u00e8s l\u2019annonce officielle de sa cr\u00e9ation, le Parti unifi\u00e9 des communistes ha\u00eftiens, le PUCH, inaugurait sa guerre subversive contre le gouvernement de Duvalier. Dans les petits villages de Casales et de Kinscoff, dans les villes du Cap et de Port-au-Prince, les militants communistes \u00e9changeaient des coups de feu avec les militaires dans de violentes batailles rang\u00e9es. Le 2 juin 1969, vers six heures du matin, vingt-deux activistes \u00e9taient attaqu\u00e9s dans leur retraite de la ruelle Nazon, \u00e0 Port-au-Prince. \u00abTous furent tu\u00e9s par les forces de l\u2019ordre, selon un rapport du colonel Breton Claude, \u00e0 l\u2019exception de deux femmes : Ros\u00e9lia Ros\u00e9us et Bernadette Louis (Gertrude) dont l\u2019une avec un b\u00e9b\u00e9 de huit mois et qui tentait de prendre la fuite; elles ont \u00e9t\u00e9 faites prisonni\u00e8res \u00bb (Le Nouveau Monde du 3 juin 1969). Apr\u00e8s l\u2019h\u00e9catombe, on releva les cadavres de Jean-Pierre Salomon, D\u00e9risma Laurent, Surpris Laventure, Fran\u00e7ois Darius, Gaston Savain, Racine Codio, Andr\u00e9 Dumont, Rodrigue Barreau, Gaveau Desrosiers, Kesnel Jean, Prosper Estiverne, Paul Max Belneau, Willy Joseph, Augustin Elien et Andr\u00e9 Raymond. Parmi les morts, on identifia les membres du comit\u00e9 central du parti, Niclerc Cass\u00e9us, Jacques Jeannot, Daniel Sansaricq, G\u00e9rard Wadestrand ainsi que l\u2019avocat et \u00e9conomiste G\u00e9rald Brisson, le chef du PUCH, l\u2019\u00e2me de l\u2019insurrection communiste.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Un mois plus tard, c\u2019\u00e9tait au tour des militants marxistes du Cap-Ha\u00eftien de se faire \u00e9craser. Voici la relation des \u00e9v\u00e9nements, telle que faite par le pr\u00e9fet de la ville, M. \u00c9mile Auguste, au journaliste du quotidien Le Nouveau Monde, M. Nelson Bel l: \u00abDepuis quelques jours, a d\u00e9clar\u00e9 M. le pr\u00e9fet, on \u00e9tait venu nous signaler la pr\u00e9sence au Car\u00e9nage de gens dr\u00f4les, suspects, qui n\u2019\u00e9taient pas du Nord et habitaient \u00e0 la rue 27. On les surveillait de pr\u00e8s quand le mercredi 2 juillet, un agent de la police les rencontra \u00e0 la rue 14-H et leur demanda de s\u2019identifier. Un violent dialogue s\u2019ensuivit au cours duquel un homme, Raymond Jean-Fran\u00e7ois, alias Jean-Louis devait rester sur le carreau. Raymond Jean-Fran\u00e7ois, connu au Cap sous le nom de Raymond Jean-Louis, \u00e9tait un leader communiste dangereux que la police recherchait depuis plusieurs mois. Ce mercredi 2 juillet, il \u00e9tait accompagn\u00e9 d\u2019une jeune dame qui d\u00e9clare se nommer Sonia Georges, un agent communiste notoire, se disant originaire des Gona\u00efves, ainsi que du nomm\u00e9 Andr\u00e9 Jean-Pierre, un autre militant marxiste. Quand le policier lui demanda de d\u00e9cliner son nom, Raymond Jean-Fran\u00e7ois refusa net [\u2026] Il fit feu sur le soldat qui ne fut pas atteint et prit la fuite\u00bb. Le pr\u00e9fet fait alors le r\u00e9cit de la cavale en v\u00e9lo de Raymond Jean-Fran\u00e7ois qui se termina \u00e0 la rue 5- H lorsque le fuyard va se retrouver face \u00e0 face avec l\u2019agent Ibsen Lafleur qui le tua \u00e0 bout portant avec son arme de service.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00abCe m\u00eame jour, ajouta M. le pr\u00e9fet \u00c9mile Auguste, la police proc\u00e9da \u00e0 l\u2019arrestation du nomm\u00e9 Andr\u00e9 Jean-Pierre qui fut identifi\u00e9 comme le principal agent de liaison entre les cellules communistes du Cap-Ha\u00eftien et celles de Port-au-Prince. [\u2026] Un peu plus tard eurent lieu, \u00e0 travers la ville, des perquisitions domiciliaires et des enqu\u00eates polici\u00e8res au cours desquelles, nous apprend le repr\u00e9sentant de l\u2019ex\u00e9cutif, des aveux complets ont \u00e9t\u00e9 obtenus.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00abDans la matin\u00e9e du 5 juillet, il y eut un grand \u00e9moi au Car\u00e9nage. Un agent de la police se pr\u00e9sente \u00e0 la rue 29, en face de la maison de r\u00e9sidence de la famille Cartwright, et demande pour le ma\u00eetre de c\u00e9ans. Celui-ci se fait attendre. Le policier franchit le seuil. On ouvre le feu sur lui et il est gravement bless\u00e9. Imm\u00e9diatement, la maison est envahie par les soldats et il y eut \u00e9change de coups de feu. On arriva \u00e0 mettre la main au collet de trois \u00e9l\u00e9ments communistes de premi\u00e8re valeur, que la police recherchait depuis longtemps : \u00c9lie Dessources, Job Jean et Robert Jean-Paul. Les trois furent bless\u00e9s. Un quatri\u00e8me, que l\u2019on croit \u00eatre Joseph Jacques, a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 mort samedi dans l\u2019apr\u00e8s-midi sur le toit de la maison de la rue 29. [\u2026] Le cadavre ne portait la trace d\u2019aucune blessure. Suicide ou arr\u00eat du c\u0153ur ? On ne sait\u00bb (Le Nouveau Monde du 5 juillet 1969). Le pr\u00e9fet Auguste termine l\u2019entretien en promettant que la lutte allait se poursuivre sous le signe de ce qu\u2019il appelle le \u00abduvali\u00e9risme constructeur\u00bb. Il oublie toutefois de mentionner que les maisons occup\u00e9es par les communistes furent toutes pill\u00e9es et d\u00e9truites par la populace sous l\u2019\u0153il bienveillant des autorit\u00e9s. Il ne fait pas grand cas non plus des exactions, d\u00e9tentions abusives et ex\u00e9cutions sommaires qui s\u2019\u00e9taient inutilement multipli\u00e9es pendant cette p\u00e9riode trouble. Rappelons enfin que, pour l\u2019essentiel, toutes ces op\u00e9rations avaient \u00e9t\u00e9 coordonn\u00e9es par le capitaine G\u00e9rard Louis, le chef de la police du Cap \u00e0 l\u2019\u00e9poque (1). Maintenant aux abois, les militants communistes n\u2019ont plus que la fuite comme solution. Partout au pays la police politique pourchassait les marxistes-l\u00e9ninistes ou pr\u00e9tendus tels. Cette r\u00e9pression anti-communiste, qui fit de nombreuses victimes innocentes dans toutes les cat\u00e9gories sociales du pays, sera plus tard reconnue comme la plus longue et la plus cruelle de toutes celles jamais entreprises par le pouvoir duvali\u00e9riste contre ses opposants. La campagne des communistes contre le r\u00e9gime de Duvalier r\u00e9sultait donc en un piteux \u00e9chec, en une sinistre trag\u00e9die. Cette initiative inconsid\u00e9r\u00e9e proc\u00e9dait d\u2019une grossi\u00e8re erreur d\u2019analyse de la part des dirigeants communistes qui avaient mal appr\u00e9ci\u00e9 les rapports de force dans ce combat qu\u2019ils allaient livrer contre Duvalier. La d\u00e9faite des communistes allait offrir un second souffle inesp\u00e9r\u00e9 \u00e0 la dictature sanguinaire de Duvalier qui, maintenant tout \u00e0 fait indiff\u00e9rente face \u00e0 l\u2019opinion internationale, au m\u00e9pris des libert\u00e9s publiques, du droit et de la morale, pourra continuer \u00e0 exercer sa violence et sa brutalit\u00e9, \u00e0 commettre impun\u00e9ment les plus barbares atrocit\u00e9s contre la population.(1) Le 2 juillet 2019, soit cinquante ans apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements, Madame Myrtha Gilbert publiait cette note de presse dont nous reproduisons ici un extrait : \u00ab Ce 2 juillet 1969, Raymond Jean-Fran\u00e7ois n\u2019a pas eu la chance de se d\u00e9fendre, \u00e0 cause d\u2019une d\u00e9fectuosit\u00e9 de son arme. Pour semer ses poursuivants, il aurait pu fuir au milieu des marchandes (il \u00e9tait proche du march\u00e9). Il ne le fit pas, par peur d\u2019exposer leur vie. Et il paya de la sienne cette ultime d\u00e9monstration de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Il fut ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 bout portant par l\u2019un de ses poursuivants. La militante Adrienne Gilbert qui l\u2019accompagnait fut arr\u00eat\u00e9e. Apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de Raymond pr\u00e8s du march\u00e9 du Cap-Ha\u00eftien, au coin de la rue 5, son cadavre fut transport\u00e9 \u00e0 la morgue de l\u2019h\u00f4pital Justinien o\u00f9 il eut la t\u00eate tranch\u00e9e sur ordre du capitaine G\u00e9rard Louis. C\u2019\u00e9tait le v\u0153u de papa doc, qui voulait sur son bureau les t\u00eates de ses plus solides adversaires. \u00c0 l\u2019\u00e9poque les communistes ha\u00eftiens. Plusieurs autres camarades seront \u00e9galement arr\u00eat\u00e9s le m\u00eame jour, comme Aymard, le jeune fr\u00e8re de Raymond. Adrienne Gilbert emmen\u00e9e aux casernes du Cap-Ha\u00eftien fut sauvagement maltrait\u00e9e par une horde de macoutes aussi capons que f\u00e9roces. L\u2019un d\u2019eux, m\u00e9content d\u2019avoir couru pour les rattraper, lui \u00e9clata le cr\u00e2ne d\u2019un coup de revolver. Raffinement de cruaut\u00e9, le capitaine G\u00e9rard Louis emmena dans son v\u00e9hicule deux prisonniers, Aymard Jean-Fran\u00e7ois, le jeune fr\u00e8re de Raymond, et Adrienne Gilbert. Cette derni\u00e8re dut faire le voyage Cap-Ha\u00eftien\/Port-au-Prince avec, au milieu de ses jambes, le seau contenant la t\u00eate de son camarade Raymond, r\u00e9cemment ex\u00e9cut\u00e9\u00bb.C. Dupuy coindelhistoire@gmail.c om (514) 862-7185<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #000000;\">cet article est publi\u00e9 par l&rsquo;hebdomadaire Ha\u00efti-Observateur, <strong>VOL. L No.20<\/strong>\u00a0<em>New York<\/em>, \u00e9dition du 27 mai 2020 et se trouve en <strong>P.3, 5<\/strong> \u00e0 : <a href=\"http:\/\/haiti-observateur.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/H-O-27-mai-2020-1.pdf\">http:\/\/haiti-observateur.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/H-O-27-mai-2020-1.pdf<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE COIN DE L\u2019HISTOIRE Par Charles Dupuy Quand Duvalier \u00e9crasait la gu\u00e9rilla communiste au Cap-Ha\u00eftien Moins d\u2019un mois apr\u00e8s l\u2019annonce officielle de sa cr\u00e9ation, le Parti unifi\u00e9 des communistes ha\u00eftiens, le PUCH, inaugurait sa guerre subversive contre le gouvernement de&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":5236,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[55,25],"tags":[567,573,620,1408,1495,1845,3231],"class_list":["post-5251","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cdupuy","category-haiti","tag-cartwright","tag-casseus","tag-charles-dupuy","tag-gonaives","tag-haiti-observateur","tag-lafleur","tag-wadestrand"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5251","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5251"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5251\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5251"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5251"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}