{"id":6884,"date":"2021-11-03T13:13:35","date_gmt":"2021-11-03T17:13:35","guid":{"rendered":"http:\/\/haiti-observateur.ca\/?p=6884"},"modified":"2021-11-03T13:13:35","modified_gmt":"2021-11-03T17:13:35","slug":"6884","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/?p=6884","title":{"rendered":"L\u2019Affaire Calixte par Charles Dupuy"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>L\u2019Affaire Calixte <\/strong><em>par Charles Dupuy<\/em><\/span><\/p>\n<ul style=\"text-align: left;\">\n<li><span style=\"color: #000000;\"><strong>LE COIN DE L\u2019HISTOIRE<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Apr\u00e8s le d\u00e9part des Am\u00e9ricains, Vincent avait nomm\u00e9 le colonel D\u00e9mosth\u00e8ne P\u00e9trus Calixte chef de la Garde d\u2019Ha\u00efti. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, il appelait le major Durc\u00e9 Armand \u00e0 la direction du d\u00e9partement militaire du Palais national. Calixte, en plus de s\u2019exprimer dans un parfait espagnol, parlait couramment l\u2019anglais et s\u2019\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un collaborateur si pr\u00e9cieux pour les Marines, qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 34 ans il devenait le plus haut grad\u00e9 ha\u00eftien de l\u2019Arm\u00e9e. Si Calixte commandait la Garde d\u2019Ha\u00efti, Durc\u00e9 Armand, qui con- tr\u00f4lait tous les postes strat\u00e9giques de Port-au-Prince, avec l\u2019artillerie, les armes lourdes et les d\u00e9p\u00f4ts de munitions, se consid\u00e9rait comme le chef militaire supr\u00eame en Ha\u00efti.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Le major Armand \u00e9tait un homme autoritaire, suffisant et born\u00e9. Il \u00e9tait appuy\u00e9 par les troupes du Palais, alors que le camp de Calixte \u00e9tait compos\u00e9 d\u2019officiers noirs tr\u00e8s frustr\u00e9s devant le pouvoir accumul\u00e9 par les deux hauts grad\u00e9s mul\u00e2tres du Palais, \u00a0Durc\u00e9 Armand et Arnaud Merceron. L\u2019inimiti\u00e9 entre les deux clans atteignit son paroxysme apr\u00e8s le massacre des Ha\u00eftiens organis\u00e9 par Trujillo, en 1937. \u00c0 ce moment-l\u00e0 r\u00e9gnait une atmosph\u00e8re de crise chez les officiers de la Garde qui, non moins humili\u00e9s par la provocation dominicaine, que par l\u2019absence de r\u00e9action des autorit\u00e9s, voulurent \u00e9tablir une dictature militaire au pays. Ils avaient convenu de tuer Armand, de renverser Vincent et de placer Calixte \u00e0 la pr\u00e9sidence. Si cette tentative de coup d\u2019\u00c9tat compte parmi les effets corr\u00e9latifs du massacre de 1937, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019on doit aussi la ranger parmi les innombrables \u00e9pisodes de l\u2019\u00e9ternelle comp\u00e9tition entre Noirs et Mul\u00e2tres, qui ponctuent tristement l\u2019histoire de la R\u00e9publique d\u2019Ha\u00efti.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Le dimanche 12 d\u00e9cembre 1937, en d\u00e9but de soir\u00e9e, le major Armand et le capitaine Merceron, ne s\u2019\u00e9taient pas plus t\u00f4t install\u00e9s sur la terrasse du Rex-Caf\u00e9, aux abords du Champ de Mars, que d\u2019une voiture en marche on tirait plusieurs coups de feu en leur direction. Pendant que, tous pneus crissant, la voiture s\u2019\u00e9loignait de la sc\u00e8ne, la panique s\u2019emparait des promeneurs et les spectateurs du cin\u00e9ma Rex quittaient la s\u00e9ance en pagaille. Touch\u00e9s, Armand et Merceron (*) furent conduits \u00e0 l\u2019H\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral o\u00f9 l\u2019on constata qu\u2019ils n\u2019avaient subi que des blessures superficielles et sans cons\u00e9quence.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Dans l\u2019heure qui suivit, Calixte quittait sa r\u00e9sidence de P\u00e9tion-Ville pour se rendre au Pa- lais et aux Casernes Dessalines, un territoire militaire que le major Armand avait p\u00e9remptoire- ment soustrait \u00e0 son autorit\u00e9. Quand il apprend que le pr\u00e9sident se trouvait au chevet des bless\u00e9s, Calixte, suivi de son escorte, fonce en direction de l\u2019h\u00f4pital et croise le pr\u00e9sident qui revenait au Palais en compagnie du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Christian Lanoue, suivi de quelques gendarmes. Vincent se met sous la protection du colonel qui l\u2019accompagne au Palais, jusque dans ses quartiers, dans sa chambre m\u00eame, afin de le mettre en s\u00e9curit\u00e9, le r\u00e9conforter et l\u2019assurer que rien de f\u00e2cheux ne pourrait lui arriver d\u00e9sormais.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Peu apr\u00e8s, le major Armand revenait pr\u00e9cipitamment au Pa lais avec la jambe gauche couver- te de pansements, afin de reprendre son commandement et faire d\u00e9marrer l\u2019enqu\u00eate. Une enqu\u00eate dont la principale pi\u00e8ce \u00e0 conviction \u00e9tait une auto retrouv\u00e9e abandonn\u00e9e au bois Saint- Martin, et dont le num\u00e9ro de plaque, P-3031, avait \u00e9t\u00e9 relev\u00e9 par un passant au moment de l\u2019attentat. Le v\u00e9hicule, une Ford, avait \u00e9t\u00e9 lou\u00e9 \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 Ha\u00eftienne d\u2019Automobiles par nul autre que le lieutenant Bonicias P\u00e9rard. On inculpe donc les lieutenants Bonicias P\u00e9rard et Florian Mod\u00e9 qui, le jour du crime, avaient \u00e9t\u00e9 aper\u00e7us par des t\u00e9moins, circulant dans la voiture de location. Malgr\u00e9 ses v\u00e9h\u00e9mentes d\u00e9n\u00e9gations, le lieutenant P\u00e9rard sera traduit devant une cour martiale et condamn\u00e9 \u00e0 mort.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Convaincu que les conjur\u00e9s ne pouvaient avoir agi qu\u2019\u00e0 l\u2019instigation de Calixte, Christian Lanoue lui tendit un guet-apens. Il l\u2019invita \u00e0 venir chez lui, le dimanche 9 janvier 1938. Quand Calixte arriva chez Lanoue, une cinquantaine de soldats s\u2019y trouvaient camoufl\u00e9s. Lanoue lui annonce alors sa destitution et l\u2019invite \u00e0 l\u2019accompagner au Palais. L\u00e0, il rencontre le nouveau chef de la Garde, le colonel Jules Andr\u00e9, lequel, en grand secret, \u00e9tait rentr\u00e9 du Cap la veille. Apr\u00e8s avoir assist\u00e9 \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019investiture de son successeur, un Calixte \u00e9branl\u00e9 se rendit sous un d\u00e9guisement au presbyt\u00e8re de P\u00e9tion-Ville o\u00f9 il restera cach\u00e9 pendant pr\u00e8s d\u2019un mois. Il ne quittera son refuge qu\u2019au moment o\u00f9, Vincent, jugeant que le colonel s\u2019\u00e9tait imprudemment laiss\u00e9 \u00e9garer par la vanit\u00e9 de ses sentiments, l\u2019affecta au poste d\u2019inspecteur des ambassades et consulats d\u2019Europe.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00c0 l\u2019aube du lundi 7 mars 1938, P\u00e9rard \u00e9tait conduit devant le peloton d\u2019ex\u00e9cution, au champ de tir de la Saline. Le colonel Jules Andr\u00e9 lui proposa de solliciter sa commutation de peine, une requ\u00eate dont l\u2019issue \u00e9tait en son pouvoir, si seulement P\u00e9rard voulait bien admettre sa culpabilit\u00e9 et trahir ses complices. Jusqu\u2019au dernier moment, P\u00e9rard affirmera n\u2019avoir pas tir\u00e9 sur Armand et que les v\u00e9ritables assassins du major mangeaient tous les jours \u00e0 sa table. L\u2019ex\u00e9cution de P\u00e9rard sema l\u2019\u00e9pouvante par- mi les conjur\u00e9s. Le lieutenant Mod\u00e9, un complice de P\u00e9rard, lui aussi condamn\u00e9 \u00e0 mort, demanda \u00e0 rencontrer le colonel Andr\u00e9 \u00e0 qui il promit de tout r\u00e9v\u00e9ler, \u00e0 la condition qu\u2019il f\u00fbt \u00e9pargn\u00e9 de la fusillade. Rassur\u00e9 sur ce point, \u00a0Mod\u00e9 reconna\u00eet tous les faits, avoue qu\u2019il se trouvait dans la Ford, en compagnie de P\u00e9rard, \u00a0mais aussi avec les lieutenants Herbert Hyppolite, B\u00e9nony Saint-Martin et Yves Depestre. La grande surprise de ces r\u00e9v\u00e9lations fut la participation au complot du lieutenant Depestre, un des meilleurs amis et prot\u00e9g\u00e9s du major Armand. \u00c0 partir de ce moment, les d\u00e9nonciations fus\u00e8rent de toutes parts, alors que les arrestations se multipliaient dans les rangs des officiers, \u00ab <em>la fine fleur de l\u2019Arm\u00e9e <\/em>\u00bb, comme le dira Vincent.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Tous les officiers d\u00e9nonc\u00e9s et arr\u00eat\u00e9s sont traduits devant le tribunal militaire. Arthur Bonhome, Roger Bordes, Cl\u00e9ment Dascy, Roger Dorsinville, G\u00e9rard Faubert, Ludovic Fils-Aim\u00e9, H\u00e9bert Francillon, Wilfrid Guillaume, Pierre Rigaud, reconnaissent tous qu\u2019ils avaient effectivement particip\u00e9 au complot, \u00e0 cause de la l\u00e2che attitude de Vincent, apr\u00e8s le massacre de 1937. Tous admettent avoir conspir\u00e9 avec la complicit\u00e9 du colonel Calixte, sur ses conseils et en sa faveur. Ils admettent \u00e9galement avoir agi selon les instructions du colonel, qui avait \u00e9t\u00e9 tenu inform\u00e9 de la situation et coordonnait les op\u00e9rations. Tous furent condamn\u00e9s \u00e0 la d\u00e9gradation militaire et \u00e0 de longues peines de travaux forc\u00e9s. Accus\u00e9 de crime contre la s\u00fbret\u00e9 int\u00e9rieure de l\u2019\u00c9tat, Calixte fut rappel\u00e9 de son poste pour qu\u2019il r\u00e9ponde de ses actes devant la Cour martiale. Il fit mine de revenir, mais se d\u00e9roba au dernier moment pour aller s\u2019exiler \u00e0 Santo Domingo. Condamn\u00e9 \u00e0 mort par contumace, il s\u2019expliquera, dans ses M\u00e9moires, qu\u2019il fit para\u00eetre en 1939, sous le titre <em>Calvaire d\u2019un soldat. <\/em>C\u2019est finalement Lescot qui lui accordera sa gr\u00e2ce, en 1941, alors que Vincent, bon prince, avait, depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, amnisti\u00e9 les officiers impliqu\u00e9s dans l\u2019affaire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">(*) Armand fut touch\u00e9 \u00e0 la cuisse. Devenu charg\u00e9 d\u2019Affaires au Mexique, en 1944, puis ambassadeur au Guatemala, il est mort \u00e0 Port-au-Prince, le 3 juin 1966. Quant \u00e0 Merceron, il re\u00e7ut une balle \u00e0 l\u2019avant-bras gauche et l\u2019y garda toute sa vie. Signalons qu\u2019il avait eu le temps de d\u00e9gainer son arme et de faire feu sur la voiture en fuite. Il fera une carri\u00e8re diplomatique, avant de mourir en Floride, le 17 mai 1977. <strong>C.D. <\/strong>coindelhistoire@gm<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">ail.com <strong>(514)<\/strong> <strong>862-7185<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Cet article est publi\u00e9 par l\u2019hebdomadaire\u00a0<strong>Ha\u00efti-Observateur VOL. LI, No. 42<\/strong>\u00a0New York, \u00e9dition du 3 novembre 2021, et se trouve en\u00a0<strong>P. 3<\/strong> \u00e0 : <a href=\"http:\/\/haiti-observateur.ca\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/h-o-3-nov-2021.pdf\">h-o 3 nov 2021<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Affaire Calixte par Charles Dupuy LE COIN DE L\u2019HISTOIRE Apr\u00e8s le d\u00e9part des Am\u00e9ricains, Vincent avait nomm\u00e9 le colonel D\u00e9mosth\u00e8ne P\u00e9trus Calixte chef de la Garde d\u2019Ha\u00efti. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, il appelait le major Durc\u00e9 Armand \u00e0 la direction&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6866,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[55,25,40],"tags":[112,232,620,1013,1488],"class_list":["post-6884","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cdupuy","category-haiti","category-politique","tag-affaire-calixte","tag-armand","tag-charles-dupuy","tag-dorsinvil","tag-haiti"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6884","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6884"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6884\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6884"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6884"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6884"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}